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Michou d'Auber par Eowyn Cwper

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Michou d’Auber est le paradigme d’une France du cinéma qui rate un film avec une extrême compétence. Déjà le choix de la guerre d’Algérie dans le genre de la comédie dramatique franchouillarde avoue qu’on a jeté son dévolu sur un décor de second choix (après une autre guerre plus connue, n’est-ce pas) où l’on va racler ce à quoi les autres n’avaient pas pensé.

En fait, c’est tellement avoué que le scénario se fiche carrément de détailler le procédé. Quand les deux jeunes frères algériens sont séparés par l’administration française, on se garde bien de mettre l’accent sur le bazar que la France a mis de part & d’autre de la Méditerranée ; on préfère montrer le contraste plus narrativement croustillant qui va séparer les quasi-orphelins, mais sans accentuer non plus le comment du pourquoi.

On va privilégier des sous-histoires qui ne sont jamais la continuité d’éléments déjà présents, de sorte que la trame est beaucoup trop renouvelée. On a fait attention aussi de garder les scènes bleu-blanc-rouge qui justifient la tête d’affiche Baye-Depardieu. Au moins, ce dernier se joue pour une fois un peu en-dehors de lui-même mais, tel un corollaire, son côté conventionnel prospère. Messaoud, le petit Algérien qui est à sa charge, sera la cible d’autant d’assauts scénaristiques qui, sous couvert de briser du cliché social sur l’enclume du divertissement, forgeront de nouveaux clichés cinématographiques.

Le racisme, en demi-teinte constante, n’est jamais confronté – quand les personnages s’excusent d’en faire preuve, c’est en fait le film, dénué d’assurance, qui s’en excuse. Et si l’on essaye de ne voir le petit Algérien que comme un enfant (une vocation que le film fait difficilement comprendre, tout occupé qu’il est à recycler le maximum de contexte), on voit une enfance anachronique où le moindre trait de personnalité devient un défaut, que tous les personnages en théorie “responsables” (la gentille mère adoptive, le génial instituteur ou le prêtre rigolo, par exemple) renoncent immédiatement à prendre en charge et… règlent tout de même ? Gné ? Alors qu’il aurait été si simple de responsabiliser les personnages sans rien perdre de l’intérêt des plot twists ?

C’est paradoxalement là que, dans la douleur & le fiasco, le film de Gilou démontre sa compétence : Samy Seghir, l’acteur de Messaoud, ne donne quasiment jamais l’impression de subir son rôle, & la fin prend deux ou trois tournants réconciliateurs qui empêchent de crier au désastre. Mais on ne sera pas dupe : le feelgood tarte avait perdu son droit de cité longtemps avant.

Quantième Art

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