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Avis sur Midnight Special

Avatar Mayhem
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Midnight Special c'est mon troisième film de Jeff Nichols et son quatrième long-métrage. Après Mud et Take Shelter, deux petits chefs d'oeuvre, le réalisateur s'attaque à la science-fiction.

Commençons par cet l'aspect SF. Nichols entretient le mystère autour du petit Alton incarné par Jaeden Lieberher. Un personnage tout droit sorti du clip Midnight City de M83. Les yeux qui brillent, une sortie d'énergie surnaturelle autour de lui : on a un personnage intriguant jusqu'au bout. Et l'enfant est accompagné, surtout, par un Michael Shannon qu'on a l'habitude voir complètement habité par son rôle. Ici il incarne un père inquiet et décidé, en décalage complet avec le spectateur puisqu'il est déjà bien au courant de la condition de son fils. Et une fois l'acceptation passée, on se retrouve enfin dans les émotions du père. Son rendu à l'écran est impressionnant. Aucune hésitation, un visage qui passe de l'espoir au chagrin, ce Shannon n'a pas fini de me surprendre.

On suit ces deux personnages à travers un road trip-fuite in the USA, accompagnés par des secondaires corrects, dont un Joel Edgerton un peu pommé mais en forme et une Kirsten Dunst en maman pleine d'émotion et de compréhension. Ils sont poursuivis par les méchants d'une communauté sectaire dont la petite famille faisait partie. Mais aussi par le gouvernement, incarné principalement par Adam Driver, qui se demande comment un gosse peut faire tomber des satellites et recevoir des informations confidentielles directement dans le crâne.

Comme avec ses précédents films, Nichols s’applique sur chaque plan. C’est beau, chaud et intimiste. Le dosage entre mystère & action est bien réalisé. Quelques longueurs viennent ternir ce magnifique tableau mais on reste accroché à l’aventure, peut-être parce que Alton est bien trop intriguant pour détacher les yeux de l’écran. J’ai été un peu surpris par une réalisation très fixe et lente pendant certains passages, mais le manque d’audace à ce niveau ne pose pas de soucis. Je le vois comme un ancrage à la réalité pour le spectateur, qui peut ensuite s’en détacher brusquement à chaque manifestation des pouvoirs de l’enfant. On ralentit puis on est brusqué par les événements. Nichols se donne du mal pour créer un confort relatif, destiné à être détruit.

Et viens enfin un final grandiose, une porte ouverte vers un concept de science-fiction qui m’a fait pensé à Tomorrowland de Brad Bird, avec plus de finesse et une dimension abstraite qui laisse place à une interprétation large. Tout ça m’a particulièrement touché parque j’ai grandit avec peu de valeurs spirituelles puis ai découvert des ouvrages sur le bouddhisme ou encore les bouquins de Bernard Werber, mentionnant cette dimension d’énergie. Tout ça se distingue du « simple » monde parallèle pour en fait montrer une dimension inconnue entrelacée à notre réalité. Et je pense que c’est la raison pour laquelle Nichols attache autant d’importance à toute l’aventure et évite de balancer plein d’effets spéciaux, il économise le concept à fond. C’est une œuvre aux antipodes de la science-fiction spectacle.

Une fois de plus, Jeff Nichols s'impose comme le réalisateur le plus prometteur de notre génération. Midnight Special est un tableau mystique et fascinant, qui explore doucement des chemins inconnus.

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