Minuit pas si spécial.

Avis sur Midnight Special

Avatar Sevanimal
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J'écris surtout pour garder une trace de mon avis sur les films que je mate. Ces lignes sont issues de mes notes et je ne prétends pas avoir quelque chose de fondamentalement intelligent à dire. J'essaye d'analyser le film en utilisant mes simples connaissances. Contient sûrement des spoilers.

Midnight est un film décevant.
Qu'on me comprenne, c'est un "bon" film dans le paysage filmique moderne, porté par Jeff Nichols, un des meilleurs auteurs actuels, dont on sent la patte unique ainsi que le désir de créer quelque chose de "nouveau"; différent et au final loin du paysage hollywoodien.
Nichols veut créer quelque chose de pensé et de beau qui fait écho en son humanité (et celle de tout au chacun, forcément), que ce soit dans la réalisation ou l'écriture. Et si le "classicisme" relatif de Nichols l'empêche de trop s'égarer dans Midnight Special niveau mise en scène et filmage, c'est son écriture qui, d'habitude si méticuleuse et pleine de suspens, s'éparpille dans un exercice d'intimisme ou Nichols tombe parfois dans ce qu'il veut précisément éviter.

MS est donc un road movie teinté de poursuite et sf qui vu les enjeux passe par des poncifs dans les péripéties (la fuite en avant, la perte de ce qu'on protège...) mais qui tente tout de même d'approcher les choses a sa manière propre.
La tension et le mystère, au centre de l'histoire fonctionnent bien grâce a une mise en scène puissante bien que formelle (Nichols de son aveu maîtrise peu à peu les techniques d'un film maker) et une plume dont on aperçoit malgré certains parasites le talent (notamment grace aux scenes d'expositions dans l'action, réussies, ou à la force qui se dégage de certaines scènes clés).

L'empathie avec les persos, primordiale pour moi dans un tel film, est relativement présente, surtout pour les parents d'Alton (le fils) en réalité, car il est lui même coincé dans un personnage "messianique" qui semble malheureusement intouchable malgré l'ignorance qui l'entoure pour le spectateur, ce qui est regrettable. On sent le fantasme de père qui idéalise son gosse -c'est ce qui a inspiré Nichols : la peur de perdre son enfant. C'est donc clairement une sf intimiste et proche des personnages : leur origine sociale et leurs capacités sont prises en compte, et les thèmes de prédilection de nichols, à savoir la foi, le dévouement et la famille constituent le coeur de l'oeuvre, ce qui lorgne assez fortement du côté de Take Shelter, mais on y reviendra.

Nichols est un realisateur qui ne fait pas dans la surenchère. Ainsi, pas de procédés grandiloquents (steadicam/travelling/plan fixe/rarement autre chose...) mais plutôt des idées pertinentes qui collent a l'aspect intimiste du film. C'est simple mais surtout efficace. Quand il faut filmer une poursuite en voiture, c'est fait avec talent et ça marche, sans gras, c'est concis, en 2/3 cuts et angles réfléchis on est à fond dedans. Le film est bien accompagné par une musique entêtante typiquement sf des 80/90s au synthé, qui convie le mystère et la tension aux scènes qui en ont besoin.
La photo est léchée, et d'après Nichols c'était un de ses buts, il a cherché "faire sienne la lumière" cela donne des scènes vibrantes, souvent avec une lumière naturelle,qui font la part belle aux "magic hours".
La lumière est souvent traitée de manière réaliste mais le film est souvent sombre, car majoritairement de nuit (c'est justifié par le scénario).
Beaucoup de plans/scènes a l'image du film jouent sur le registre sf "realiste et humain" qui définit le film. Certains sont forts en révélations "subtiles", ou en manipulation du point de vue du spectateur (une scène notamment ou la caméra qui commence sur une route monte progressivement vers le ciel pour découvrir les hélicos qui chassent Alton, ce qui est assez habile, et rejoint l'obsession de Nichols du point de vue).
Le film joue sur l'attente du spectateur et le climat d'incertitude qui accompagne les choix et destin des personnages. Car dans MS on arrive in medias res, et l'écriture se consacre à nous dévoiler peu à peu ce qui a mené les personnages dans cette situation, tout en augmentant la tension et la dangerosité des obstacles, ce que la mise en scène prend en compte (la scène des météorites par exemple, un simple mouvement de caméra et tout s'emballe). Le film tire beaucoup sa tension de l'inconnu dans lequel est plongé le spectateur, ce qui accroît son imprévisibilité de manière parfois trop calculée, ce qui en retire le naturel, notamment quand il fait de la rétention d'informations : notamment avec des dialogues de 5 phrases de 3 mots que j'ai trouvé bien frustrants. Nichols ménage ses effets et ne fait rien dire aux persos qui pourrait en dévoiler trop. Je comprends : étant donné les enjeux, pas le temps pour les persos de verbaliser, puis la "foi" c'est quelque chose qui ne s'explique pas (parlant à travers le personnage d'Edgerton qui abandonne tout en une "communion" avec Alton, sans qu'on sache jamais de quoi il s'agit ou ce qu'il a vu pendant ces visions).
C'est également à l'image de la direction d'acteur : détachée, mais pas dans le manque d'émotion, plutôt dans la sobriété et ça enferme tout le film dans une retenue frustrante qui ne demande qu'à exploser, ce qui n'arrive malheureusement pas. C'est donc assez superficiel même si inscrit dans la volonté louable de nichols de distiller intelligemment et avec soin la connaissance des tenants et aboutissants au spectateur. Ce désir de maitrise, de faire le centre du film son écriture empêche l'émotion de se déployer, c'est donc contre productif, car c'est le coeur de la tentative du réal.

Ceci s'accompagne d'un manque de développement sur plusieurs points pourtant clés. Une impression d'en montrer trop (la fin) et pas assez pendant tout le reste du film terriblement frustrante. Difficile d'y mettre des mots en fait.
Ajoutons a ça une certaine volonté de se démarquer de manière un peu surfaite surement par peur des clichés ce qui donne des trucs confus. Exemple : la raison pour laquelle le gouvernement cherche Alton. C'est tellement peu développé qu'on n'y comprends pas grand chose. Au début c'est parce qu'il aurait décrypté des messages codés (et on en reparle plus) ensuite parce qu'il est dangereux (et on en reparle plus) mais Adam Driver révèle qu'ils veulent en faire une arme (ce que personne n'a mentionné auparavant, et on en reparle plus ensuite). En voulant éviter de trop en faire nichols tombe dans son propre piège et dans son inquiétude embrasse nombre de clichés et d'inexactitudes.

Il ya une gène que j'ai ressenti durant tout le film et qui se crystalise à la fin. Une impression sourde, peut être le mélange de mes attentes, en effet j'ai eu le sentiment que midnight special était un sous take shelter (et mud dans une moindre mesure). Ca m'inspire quelque chose de contradictoire : soit ma connaissance des thématiques de Nichols a court circuité mon visionnage et ma compréhension de MS, soit pour combler certains vides et manques de clarification il faut connaitre ces thématiques, ce qui veut dire qu'un profane ne comprendra pas certains partis pris et c'est un choix que je ne comprendrais pas de la part du réalisateur. J'ai passé pas mal de temps ou je suis sorti du film pour faire des parallèle avec le reste de l'oeuvre de Nichols car MS n'en dit pas assez et selon constitue un vrai retour en arrière comparé à Take Shelter, en terme de force évocatrice et de clarté de message, alors même que TS est bien plus complexe dans sa structure et ses twists.
Déjà MS traite clairement du même sujet que Take shelter, dans Take Shelter c'était la fatherhood, la foi, la famille, ici c'est la foi envers son enfant, la protection, la famille. D'autres propos viennent s'y greffer (la perte d'un enfant, la fin de l'enfance,La foi en quelque chose de supérieur etc) mais ça repose sur les même éléments voire le même déroulement que TS.
Ce qui m'a posé problème avec cette comparaison constante c'est le fait que dans MS la sf est assumée des le début tandis que dans TS on questionne tout le temps a travers le père et ses doutes la véracité de ce qu'il vit ce qui rend les révélations successives et le développement du propos d'une force incroyable. Lors du dénouement de MS on nous montre cette ville futuriste (dont je ne comprends pas la cohérence, construite n'importe ou sans plus d'explication, et même si l'effet des batiments qui "respirent" est intéressant la direction artistique générale est classique, tomorrowland l'a fait il y a 1an a peine...) comme si on nous avait demandé d'en douter, elle est montrée comme une récompense, ce qui serait ouf si c'était le cas.
Le gros souci c'est que dans MS personne ne doute jamais de ce que dit Alton (ou de ce qu'il représente), c'est compréhensif, ses pouvoirs sont bien réels.
Et quand la "révélation" (ce n'est pas le bon terme) arrive on a juste l'impression vu le déroulement que c'est la conclusion normale du récit, attendue, ce qui recentre les enjeux du film sur la course poursuite qui si elle connait de grands moments de tension n'est pas selon moi le coeur de ce que dit le film et de l'émotion que veut nous faire vivre nichols. Ça m'a presque empêché de m’intéresser aux métaphores possibles de ce voyage initiatique.
Une friction nait, car si le film se veut intimiste, la famille d'Alton était dans l'attente de quelque chose en quoi ils croyaient (l'enfant parle de ces êtres d'une autre dimension à ses parents), et l'apparition fugace de cette ville et la disparition de leur enfant ne constitue pas une si grosse surprise pour eux (qui l'ont "accepté" si on veut), c'est pour les "autres" que c'est incroyable. Les gens normaux, lambdas, qui ne sont pas au courant. Or le focus n'est que sur la famille pendant tout le film.

(j'ai d'autres notes à rajouter)

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