Ari L'Auster

Avis sur Midsommar

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Hérédité avait déjà imposé la patte de son réalisateur avec cette irrémédiable montée d’anxiété liée à la trajectoire folle de sa principale protagoniste. Ici, Toni Collette est remplacé par Florence Pugh (The Young Lady), et la nuit par les longues journées suédoises. Prenant pour point de départ, la mort des parents de son héroïne dans des conditions cauchemardesques, le film nous plonge au coeur d’une communauté vivant en Suède selon des traditions ancestrales et étranges.

Midsommar prend le partie du cloisonnement. Celui-ci revêt une forme centrale de part l’enfermement de ses personnages dans une communauté qui exclut toutes formes d’échappatoire. Au sein d’un culte ancestral, les diverses trajectoires symbolisent elles-aussi le renfermement et l’impossibilité de se soustraire à ses erreurs : Christian ne peut se résoudre à quitter Dani car elle a perdu sa famille, il est prisonnier de cette relation et de son incapacité à être sincère. Les protagonistes ne peuvent s’échapper de la communauté car ils en sont prisonniers sans vraiment le savoir mais ils sont surtout prisonniers d’un destin qu’ils ont compliqué par eux-mêmes (Christian aurait du quitter Dani au vu de la dissymétrie de leur amour) en refusant d’affronter la vérité. Ari Aster continue ainsi d’explorer la famille au sens large grâce à un cercle d’amis dans lequel le jaillissement de la vérité va faire voler en éclat une union de façade.  

Midsommar prend un parti radical en mélangeant un humour savoureux (Will Poulter a de sacrées répliques durant l’arrivée en Suède) et noir (l’accouplement avec toutes les femmes nues autour qui se font l'écho d'un ébat glauque) avec la naissance de la captivité. Ce parti pris se retrouve dans la réalisation tout en symbole d’Ari Aster. On trouve d’une part de nombreux fondus qui évoquent les trajectoires de protagonistes (Dani dans le feu comme pour appeler sa vengeance future) ou encore l’usage astucieux des miroirs. En effet, dès le début, le film cadre ses personnages et les enferment dans les reflets. La scène qui annonce le voyage en suède prend soin de séparer le couple Dani/Christian dans un miroir et le reste du groupe. La volonté est double : avoir tous les personnages dans le même plan mais surtout opposer les trames et faire du couple le reflet de ce qu’il a été. Ce jeu de miroir se retrouve dans plusieurs plans et incarne l’idée de la dualité que le film va développer. L’ambivalence des personnages se révèlent tout au long du film et parfois de manière brutale (on pense à la scène du repas qui amène au premier rite du film) ou encore à la scène où Christian se détache de Mark. Outre une captation des visages pertinente notamment pour la dernier demie heure où les raccords entre scènes sont savoureux et étonnamment drôles, le film nous perd totalement dans son rapport au temps. L’absence de véritable nuit et la luminosité ambiante rendent le voyage confus faisant du spectateur un membre de ce groupe de touristes perdus. Ce sentiment de perte de repère est mis en lumière dès les premières scènes avec de discrètes ellipses (celle où Dani rentre dans une pièce et se retrouve instantanément dans l'avion pour la Suède) qui renforcent la perte de repère.

Midsommar est un voyage étonnant qui confirme le talent de Ari Aster grâce à sa réalisation pertinente et son mélange d’humour et d’horreur (qui ne sera pas du goût de tout le monde). Reste que c’est le genre de proposition filmique qui fait du bien et marque le spectateur. N’oublions pas de saluer la belle prestation de Florence Pugh qui montre, après l’excellent The Young Lady, l’étendue de son talent. 

Sur mon blog : https://leblogdesofiane.wordpress.com/2019/08/19/midsommar-2019/

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