Voyage au bout de l'enfer au solstice d'été

Avis sur Midsommar

Avatar LolaGridovski
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Que dire du film d’Ari Aster si ce n’est que l’on ressort de la séance avec une sensation de malaise incommensurable ? En me rendant dans la salle, je m’attends à un film d’horreur dans le sens classique du terme, avec du suspens (je tiens à préciser que je découvre ce metteur en scène pour la première fois). Je me rends compte qu’il n’en est rien. Le réalisateur a choisi de raconter une histoire éminemment pessimiste, sans la moindre issue de secours et au fur et à mesure que l’on avance dans le déroulement des péripéties, l’oppression se fait sentir avec davantage d’insistance.

Comment cela débute ? Par la description d’un couple dont la relation semble voler en éclats. Dani, une jeune fille étudiante en psychologie à l’évidence dotée d’une hypersensibilité marquée, perd ses parents ainsi que sa sœur et se retrouve ainsi propulsée dans un véritable drame existentiel. Par ailleurs, son petit ami Christian s’apprêtant à préparer sa thèse en anthropologie a décidé de partir avec ses amis en Suède afin d’assister à un festival qui se déroule tous les 90 ans. Il ne paraît pas être très préoccupé par l’état de dépression de Dani, si ce n’est qu’il la console nonchalamment lorsque cette dernière hurle sa douleur, suite à l’apprentissage du décès des membres de sa famille. Bien plus investi par l’organisation du voyage dans les terres scandinaves avec ses copains, il finit par proposer à Dani de les accompagner bon gré mal gré ce qui ne réjouit pas particulièrement ses amis, à l’exception de Pelle, qui est à l’initiative de cette aventure étant donné qu’il a grandi au sein de cette communauté. Et maintenant parlons-en de cette communauté, que ces américains universitaires fraîchement arrivés en Suède découvrent simultanément. Il s’agit de gens suivant des rituels traditionalistes datant de l’époque pré-chrétienne, au commencement de cette épopée les visiteurs ne voient que des espèces de hippies tous vêtus de blanc consommant des drogues à outrance. Ils accueillent leurs invités en décrochant un sourire que l’on n’a guère de difficulté à qualifier déjà de malsain, il y a à la fois une douceur angélique et une cruauté dans leur regard annonçant les foudres d’un éventuel écart psychotique et il nous vient déjà à l’idée de fuir ce lieu faussement serein, en prenant nos jambes à notre cou.

Hélas, ce n’est pas ainsi que les choses vont advenir (il faut bien admettre qu’en 2h23, on ne s’attendait pas à une course à la montre). Les personnages, s’ils tentent de s’échapper par un moyen ou un autre, n’auront pas d’autre alternative que de se vouer à une destinée fatale.
Dans cette contrée où la nuit n’existe presque pas, le train de vie anormalement calme de ces hommes et de ces femmes isolés du monde fascine autant qu’il inquiète les protagonistes __ qui parallèlement ne brillent pas par leur sympathie __ sauf Dani qui, loin d’être remise de la disparition des siens, se trouve dans une position vulnérable et a la tête ailleurs.
Au bout de presque une heure de visionnage, on assiste à une scène d’une rare violence, ce pourquoi je rappelle à toutes les âmes sensibles de s’abstenir d’une telle torture, en se gardant bien de payer une place pour regarder des scènes qui leur laisseront un goût amer. Après cette épreuve morale inconsidérable, l’on ne cesse de s’engouffrer un peu plus dans les abîmes d’un univers infernal, on constate que la clarté et la netteté à priori “divine” de cette atmosphère dissimulent des zones d’ombre effrayantes. A quoi bon se laver de toute noirceur si les ténèbres se cachent derrière les roueries à l’apparence cajolante ? Le spectateur plongé dans une introspection cathartique se confronte au machiavélisme des habitants de cette collectivité qui représente les pires vicissitudes de l’univers sectaire, cherchant désespérément un remède qu’il n’obtiendra pas et finissant par abandonner la partie. Je souligne toutefois une volonté du réalisateur de dénoncer les effets délétères de la propagande, que son registre soit politique, culturel ou économique, qui attaque de front les individus dans leur cheminement personnel et en même temps il se borne à mettre en exergue l’égoïsme des personnages principaux qui, au lieu de s’unir face au danger, se dispersent en tous sens et se font laminer (si je puis me permettre cette expression) par un groupe absolument soudé.

Toute sa démarche consiste finalement à décrire cette ambivalence typiquement humaine : doit-on se rattacher à un groupe au risque de trahir ses propres valeurs ou opter pour l’expérience prométhéenne loin de la société ? Parallèlement, nous sommes focalisés sur les sentiments de Dani qui lutte au départ contre son angoisse de mort matérialisée dans ses rêves avant de connaître une renaissance malgré l’horreur qu’elle a dû affronter. Le salut de son âme provient-il du caractère de résignation que revêt l’existence selon Ari Aster, ou dans l’oubli total de soi __ dont la contribution découle en grande partie de l’usage des stupéfiants, pour ne citer que cet exemple, non sans ironie ? Je n’ai que peu de ressources concernant les cultes païens, en revanche j’ajouterais que cette virée satanique dépeint les pratiques religieuses sous un angle extrêmement glauque, comme si la recherche de spiritualité ne pouvait mener ailleurs que dans un guet-apens insoutenable ou, pris au piège, nous aurions à choisir entre la peste et le choléra. Pour conclure, ce film ne conviendra pas à tous ceux qui, idéalistes et optimistes comme je le suis, accordent au monde un champ d’espoir ou du moins s’arrangent pour entrevoir une lueur, même dans l’obscurité.

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