"There are no answers, only choices".

Avis sur Minuit à Paris

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Ce qui est en train de passer pour un des pires Woody Allen est en réalité, je vous le dis, un des meilleurs. Ah, il ne faut pas s'énerver, on s'en rendra compte plus tard. Pour le moment tout le monde est trop occupé à le juger esthétiquement ou à critiquer la participation de Carla Bruni. Que voulez-vous. Mais venons-en au fait : quel est l'intérêt de ce film ? [Quelques spoilers légers suivent, mais sur le ton d'une analyse du sens profond du film].

Comme souvent avec Woody Allen, le film ne rayonne que si l'on prend la question qu'il aborde au sérieux. On est pas face à une comédie ou un drame ou que sais-je, mais bel et bien au sein d'un questionnement respectable et authentique sur ce qui est le moteur humain lui-même : pourquoi les gens font-ils ce qu'ils font ? Pourquoi fonts-ils des choses différentes les uns des autres ? Pourquoi un homme découvre-t-il soudainement que la femme qu'il veut épouser ne partage avec lui que son goût pour les pains Naan ?

On peut rire, ça fait du bien, mais prenons ce rire au sérieux. Le message de Woody Allen est ici assez simple sans être simpliste. L'humain est confronté au vide radical du présent et d'agite pour le remplir, avec ses projets, ses désirs, et sa nostalgie. Ce faisant souvent il se trompe sur ce qui pourrait remplir ce vide et le faire se sentir heureux. Il s'imagine que l'herbe est plus verte chez le voisin, dans une autre époque, dans le futur, peu importe. Il se met à désirer tel mode de vie avec tel type de femme. Il se dit que s'il réunira tous les éléments de façon cohérente sa vie accédera soudain au stade "bonheur", comme un clé ouvrant une porte avec un petit clic satisfaisant. Finalement ce qui nous différencie et nous unit est la même chose : cette volonté de construire le tableau parfait de notre vie, comme s'il s'agissait d'un destin idéal menant au bonheur.

La nostalgie des temps anciens où tout allait bien est ici l'obsession du personnage principal, qui a bien du mal à s'en défaire tant son occasion d'entrer en contact avec le passé va le satisfaire dans un premier temps. Mais ce ne sera que pour découvrir la similarité entre ce que pensent ses idoles de leur vie et ce qu'il pense de la sienne. Tout époque est nostalgique du passé qui était mieux, à l'infini. On y trouve pas davantage de réponses que dans le temps présent : si le passé donne l'impression d'une perspective et d'une profondeur à notre époque, celle-ci est plutôt une situation parallèle et en "miroir", et non un prolongement direct. Les désirs des hommes sont tous similaires en ceci qu'ils tendent vers l'assouvissement. Mais beaucoup essayent de percer le "secret" du désir pour savoir "comment" l'assouvir. Quelles sont les bonnes réponses ?

C'est dans un moment d'épiphanie assez sain que le personnage, incarné par un Owen Wilson parfait dans son rôle, réalise que la recherche de réponse ne le mène qu'à toujours reporter son désir un cran plus loin, sans jamais apporter aucune satisfaction, ni aucune perspective heureuse. En découvrant cet effet de cascade perpétuelle, il comprend d'un coup autre chose : ce qu'il a échoué à faire jusque là n'était pas de trouver des réponses, mais à poser des choix. Bing ! Simple, mais très différent. Et c'est un thème que l'on retrouve dans les grandes oeuvres post-romantiques.

Par exemple "Solaris", dont j'ai tiré le titre de cette critique, et qui s'applique très exactement au film de Woody Allen. Allez le revoir et vous verrez la cohérence de cette lecture. L'apprentissage du personnage est réel et sciemment construit. Il ne s'agit pas d'une histoire fantastique à deux sous, ou des pérégrinations d'un imbécile heureux dans le coeur des femmes. Il s'agit d'un homme qui atteint une forme d'émancipation existentielle par la découverte de la futilité du désir et du caractère structurant du choix.

Je n'en dis pas plus, le film parlera de lui-même, le temps qu'on le prenne au sérieux.

Affronter la vide du présent par l'art et non l'assouvissement du désir emprunté.

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