Solomon Lame et groggy nation.

Avis sur Mission : Impossible - Rogue Nation

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J'aime bien la direction donnée à la franchise depuis l'opus précédent. Si De Palma ouvrait les hostilités avec un film d'espionnage high tech musclé, bénéficiant de la virtuosité volontiers démonstrative du cinéaste et de son goût pour le thriller érotique, John Woo avait choisi une orientation beaucoup plus directe façon gros film d'action dans ta gueule. Le 3, que je n'ai pas vu et dont je sais peu de choses hormis qu'il a une sale moyenne ici, voyait l'arrivée de JJ Abrams aux commandes et de Simon Pegg en Benji. Protocole fantôme laissait place au génial Brad Bird et ouvrait grand ses bras à un peu d'absurde et de comédie dans son scénario sophistiqué qui nous trimballait comme d'habitude aux quatre coins du monde. Rogue Nation aurait surement voulu lui emboîter le pas, mais voilà, McQuarrie (J*ack Reacher*, tout de même), n'est pas Brad Bird, encore moins De Palma.

Si la franchise est plutôt mal aimée voire odieusement sous estimée en ces contrées, gageons que ce cinquième opus, quoique divertissant et spectaculaire, ne tienne pas longtemps en première place du classement (qu'il occupe au moment où j'écris ces lignes, soit la veille de la sortie officielle du film). La faute principalement à un film beaucoup trop bavard et longuet - ou qui ne parvient pas à maintenir suffisamment de rythme et d'intérêt pour faire oublier ses longueurs. Le scénario est un classique au carré de l'espion qui doit agir seul parce que agence dissoute / désolidarisée, etc. Vous l'avez déjà vu mille fois, c'est normal, sauf qu'ici en plus on se la joue théorie du complot. Le problème principal ne vient pas de là, quoique cela n'aide pas à se passionner pour le sujet, même si dans ce genre c'est au fond rarement ce qui importe le plus, simplement un indice permettant d'isoler définitivement le bon grain de l'ivraie.

Non, le problème c'est ce grand méchant ridicule. Solomon Lane, c'est son nom - j'ai passé le film à trouver le nom idiot et me dire que ça ressemblait à Solomon Kane, ce qui est tout sauf un compliment, est campé par un Sean Harris (qui a joué quelques seconds rôles plus ou moins marquants) affreusement glabre et looké comme un improbable comptable gothique. Chacune de ses apparitions me donnait nerveusement envie de rire, et dès qu'il ouvrait la bouche pour laisser passer cette voix digne d'un castrat asthmatique qui viendrait de se prendre un coup dans ses attributs fantômes, j'avais vraiment du mal à retenir mes éclats. Bref, la crédibilité nulle de ce méchant sadique terroriste faussement idéaliste (insérer ici un énième cliché sur le méchant des films d'espionnage) nuit considérablement au film et réduit l'affrontement londonien final à quelques bâillements en attendant que cela cesse. Néanmoins la chute est sympathique.

Ce qui sauve cependant le film et qui maintient notre intérêt éveillé jusqu'au trois quarts de l'intrigue, c'est justement le reste, les autres ingrédients habituels de la saga, y compris les plus récents. Simon Pegg fait le clown et ça marche presque toujours (beaucoup moins avec Jeremy Renner, que j'aime pourtant bien), Tom Cruise est trop dark et bidouille tous plein de trucs qu'on comprend pas mais c'est spectaculaire et ça marche, on apprécie de voir les copains Alec Baldwin et Ving Rhames faire coucou et cachetonner un peu et puis surtout on profite du spectacle de trois séquences en particulier : l'ouverture et sa désormais célèbre cascade non doublée qui a beaucoup fait pour le marketing du film avant sa sortie (making of sur internet disponibles depuis des semaines à l'appui), mais qui reste néanmoins très efficace et spectaculaire; un passage mémorable à Vienne (le meilleur moment du film), où on paie son tribut à divers classiques du cinéma (au hasard le Parrain 3 et L'homme qui en savait trop deuxième version) en jouant du suspense à mesure que l'intrigue de Turandot se développe (impossible de manquer un climax sur Nessun Dorma, mais le choral en unisson qui le précède n'est pas mal non plus); une séquence high-tech aquatique enfin, qui débouche sur une amusante course-poursuite motorisée dans les sites touristiques de Casablanca et du Moyen Atlas.

Alors bien sûr, dans tout cela il y a les habituelles incohérences, le méchant sbire barbu et sexy qui rate sa cible systématiquement quand bien même elle court devant lui dans un couloir rectiligne fort étroit, les routes marocaines ont pris un sacré coup de jeune et de frais pour le film, dans mon souvenir ça cahotait pas mal mais visiblement maintenant on peut aisément y faire un grand prix de moto, et puis les placements de produits en veux-tu en voilà feraient ressembler certaines scènes à une publicité pour la sécurité routière supervisée par BMW, mais heureusement, le joli minois et les yeux bleus de Rebecca Ferguson (une petite nouvelle, sorte de croisement entre Jennifer Lawrence et Chiara Mastroianni) nous font bien vite oublier tout cela. On comprend que le brave Tom soit prêt à se damner pour elle, quand bien même tout crie "attention meuf chelou" pendant 2h de film.

Moins bien que le précédent, mais pas désagréable. Un honnête divertissement à gros budget.

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