déception impossible

Avis sur Mission : Impossible - Rogue Nation

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Unusual Suspect

Scénariste oscarisé pour Usual Suspects éloigné d’Hollywood pendant plus de douze ans suite à l’échec de son premier film comme réalisateur Way of the Gun (avec Benicio Del Toro) devenu, depuis que ce dernier joua dans le Walkyrie de son ami d’enfance Bryan Singer, le véritable homme de confiance de Tom Cruise. La plus petite grande star du monde qui le fait régulièrement intervenir comme « script doctor » sur ses projets (Edge of Tomorrow, Ghost Protocol) l’a ramené à la réalisation avec Jack Reacher avant de lui confier les rênes de sa franchise mère pour lequel il assure aussi le scénario , en collaboration avec Drew Pearce (un habitué du travail avec les scénaristes réalisateurs puisqu’il avait occupé le même poste au coté de Shane Black pour Iron Man 3).

Hitchcock aux trousses

McQuarrie évacue dés le début du film la séquence spectaculaire la plus en vue dans le marketing du film une séquence pré-générique Bondienne ou Cruise (après un plan d’introduction parfait gentiment ironique quand à son image de « running man » du cinéma) se suspend à un Airbus en vol. Comme pour signifier qu’il se détourne d’une escalade dans le spectaculaire avec les autres blockbusters. Cela ne veut pas dire que Rogue Nation soit dénué de setpieces ces grandes séquences sur lesquelles s’articulent les blockbusters , bien au contraire ils les multiplient, mais ils sont plus portés vers la tension et le suspense que vers l’action bien que celle-ci ne soit pas absente en particulier au travers de combat à mains nus à la brutalité sèche à la Jack Reacher ou une poursuite à motos d’anthologie. Il garde toujours à ces scènes un coté à la fois brut et élégant qui les empêchent de ressembler à des démo de jeux vidéos.

McQuarrie réinjecte à la franchise toute la dimension Hitchcockienne que Brian DePalma avait insufflé à son premier volet à ce titre la séquence de l’opéra de Vienne est un bijou de suspense digne du maître du suspense (et de son émule italo-américain). Mais il ne perd pas les éléments plus légers introduits dans les épisodes suivants tirant partie de l’entente entre Simon Pegg et Cruise pour apporter un humour jamais envahissant (Il constitue même un second duo entre les personnages de Jeremy Renner et Alec Baldwin). Il s’attache à la continuité de la franchise (assurée virtuellement par la photographie de Robert Elswit qui reprend son poste de Ghost Protocol) en faisant référence à la NOC-list dérobée par Hunt dans le premier volet ou en réutilisant le wagon secret du film de Brad Bird et sait aussi se montrer très respectueux des tropes de la série TV.

La dualité est au cœur du film qui voit Hunt confronté à une organisation sorte d’ anti-IMF menée par un mystérieux leader qui constitue son double négatif. J’ai adoré la construction symétrique « en miroir » du script : les deux scènes d’audition , les deux scènes dans des « boites » et les deux séquences mettant en scène des premier-ministres se font écho: du grand art !
Une femme (fatale) apparaît

Malgré une tentative de J.J Abrams pour l’humaniser dans le troisième volet le personnage de Ethan Hunt restait finalement assez vide et c’est au contraire en le tirant vers une dimension quasi-mythique que McQuarrie lui donne enfin corps avec en point d’orgue un fantastique dialogue donné à Alec Baldwin (le procédé n’est pas sans rappeler celui utiliser par le même McQuarrie pour bâtir la réputation de Keyser Soze dans Usual Suspects). Cruise , qui donne encore une fois tout, est impérial dans le film qui utilise ce qui fait sa force , son personnage réalise des exploits quasi super-héroiques mais en restant toujours l’outsider presque fragile.

En anglais les espions sont surnommés Spooks (fantôme) à ce titre le vilain du film incarné par un Sean Harris reptilien est l’espion absolu anonyme presque insignifiant est pourtant un génie criminel connaissant parfaitement Hunt et utilisant contre lui ses propres méthodes.

La révélation du film est la comédienne suédoise Rebecca Ferguson, réincarnation moderne d’ Ingrid Bergman (Hitchcock encore…) , éclatante dans le rôle en or d’Ilsa Faust mystérieuse femme fatale égale de Cruise dans l’action qui habite son personnage d’une permanente mélancolie qui en fait plus qu’une héroïne d’action. Il y a du John LeCarre dans la manière ou McQuarrie rentre dans l’esprit de ces espions et contre-espions perdus dans leurs allégences.

A noter l’excellente partition de Joe Kraemer qui mélange la pulsation du thème de Lalo Schiffrin avec ceux du Turandot de Puccini pour un résultat qui élève encore un peu plus la classe du film.

Conclusion : Avec ce divertissement hyper-efficace frôlant l’excellence Tom Cruise et Christopher McQuarrie réalisent l’impossible faire du cinquième volet d’une franchise vieille de vingt ans le meilleur en date. Du caviar !

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