Voyage dans l'Amerique profonde

Avis sur Mississippi Burning

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Le Sud des États-Unis est une terre fascinante qui a inspiré bon nombre de réalisateurs dans l'histoire du cinéma. Alan Parker n'est pas le dernier d'entre eux. Les pérégrinations de Mickey Rourke à La Nouvelle-Orleans dans son précédent film Angel Heart sont là pour le prouver.
Difficile il est vrai de ne pas ressentir quelque passion pour cette région si particulière, son climat moite propre à toutes les divagations, son empreinte musicale, ses hommes et femmes à la culture profondément enracinée dans l'histoire de l'Amérique. Le fleuve du temps semble s'écouler plus lentement en ces lieux.

Pour ce film, Parker a choisi de s'éloigner de l'effervescence de la grande ville pour plonger plus intensément dans la culture sudiste et s'attaquer par la même occasion au sujet difficile de la ségrégation raciale aux États-Unis. Pour ce faire, il s'inspire de faits réels et, en particulier, des sauvages agissements du Ku Klux Klan dans les années soixante. Le choix d'une petite bourgade, peuplée de simples travailleurs sans prétention n'est pas anodine. L'emprise du Klan est d'autant plus flagrante. Implantés jusque dans le service de police local, ses membres agissent en toute impunité, prônant une haine qu'ils prétendent dictée par la Bible. Les habitants, qui n'ont pour la plupart jamais quitté la maison de leur enfance, n'ont jamais eu l'occasion de mettre en perspective leurs idées. Ils perpétuent, de génération en génération, les traditions haineuses enseignées par leurs parents.

L'arrivée en ville des "étrangers" du Nord va bouleverser le fragile équilibre établi. L'heure de la réflexion et du changement, incarnés par les jeunes militants des droits civiques, est venue. Ces-derniers vont hélas découvrir à leurs frais qu'on ne balaye pas des dizaines d'années de haine d'un simple revers de la main. Il y a pourtant des causes qui méritent qu'on meurt pour elles. L'envoi par le FBI d'une équipe d'agents dans le but d'élucider la disparition des jeunes hommes va finir de mettre le feu aux poudres et provoquer la terrible colère des hommes du Klan, persuadés de la légitimité de leurs actions et de leur cause. Car à leurs yeux, il y a des causes qui méritent qu'on tue pour elles.
Le choc des cultures est terrible. Il est difficile de croire que seulement 1500 kilomètres séparent géographiquement Washington du Mississippi. Alors qu'un siècle semble les séparer culturellement.

Le ton du film est forcément très dur, contrebalancé par l'apparente désinvolture de Gene Hackman qui signe ici une fort belle interprétation, particulièrement inspiré dans un rôle loin d'être évident. Willem Dafoe "fait le job" mais ne s'épanouit pas outre mesure dans la peau de cet agent procédurier se débattant dans une culture qu'il ne comprend pas tant elle diffère de ce qu'il a connu jusqu'ici.
Le scénario, quand à lui, est des plus simpliste et on en vient presque à s'ennuyer par moment. C'est le principal défaut de cette production.

Malgré des ficelles scénaristiques trop évidente, ce film vaut le détour pour l'immersion qu'il propose dans une culture réputée hermétique et pour le courage de son réalisateur qui a osé traiter, sans fard, le thème délicat du racisme aux États-Unis. Hélas toujours d'actualité.

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