Un rayon de soleil nommé Marlon

Avis sur Missouri Breaks

Avatar Kalopani
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Il existe des films, un peu plus gris ou maussades que les autres, devant lesquels nous sommes continuellement en attente de quelque chose, d'un début d'histoire, d'un sursaut de l'intrigue ou de la fin d'un calvaire, conjurant l'ennui comme nous pouvons, nous épions l'écran d'un œil fatigué en espérant y trouver une vague lueur d'espoir, une raison d'y croire encore un peu, un semblant de chaleur ou de frisson, un début d'émotions ou de réflexion, un passage qui soit tout sauf anodin, vain ou creux, un mouvement de caméra un tantinet troublant, une photographie séduisante, un jeu d'acteur plaisant, une tirade presque époustouflante, une rafale de sympathie, l'esquisse d'un contentement, on attend encore et toujours une raison à laquelle se cramponner, celle-ci, parfois, se livre à nous sans crier gare, revêtant les formes de l'insolite comme c'est le cas dans The Missouri Breaks où la platitude ambiante cède sous les coups de folie d'un acteur hors norme, Marlon Brando, cabot génial, fanfaron délectable, il se permet tout et n'importe quoi, et surtout de nous redonner ce sourire que l'on n'osait même plus espérer.

Genre ricain par excellence, le western attire toujours les pourfendeurs de la bonne morale, les critiques revêches de l'Oncle Sam. Arthur Penn est de ceux-là, s'attaquant au mythe américain en revisitant la figure de Billy the Kid avec The Left Handed Gun, prenant le parti des Indiens avec Little Big Man. Seulement, en cette fin des années 70, le western se meurt doucement, sa mythologie étant déjà attaquée de toute part : Peckinpah, Altman, Aldrich ou encore Monte Hellman, ils se sont tous pliés à l'exercice et pour se distinguer, il faut savoir faire preuve d'audace et de talent. Ainsi Penn ose tout et tente l'antithèse parfaite du bon vieux western : les virtuoses de la gâchette sont remplacés par des voleurs un peu simplets, le désert aride cède sa place à un paysage bucolique, le héros rêve moins d'aventures que de cultiver son potager, les paroles fusent davantage que les balles, les personnages féminins ont un caractère fort et des mœurs libérées, le justicier ne se met plus au service d'une collectivité de braves gens mais d'un propriétaire terrien adepte de la justice expéditive...

Doucement The Missouri Breaks met en place sa logique revendicatrice, sa critique d'un système tout-puissant qui favorise l'émergence d'une ploutocratie, fustigeant au passage les adeptes de la violence ou du vigilantisme. Seulement le message passe assez mal à l'écran par manque d'écriture et de maîtrise formelle. Penn nous perd bien souvent avec ses changements de ton inopinés qui nous font passer du drame à la légèreté en un clin d’œil. Notre homme s'était déjà livré à l'exercice avec Little Big Man, seulement ici l'ironie perd de sa virulence et la surenchère prend le pas sur l'épique ou sur l'intrigue. Si les codes du genre sont bousculés, nous le sommes tout autant, cherchant un vague intérêt à ce style décousu, à cette narration bien trop souvent digressive et à cette intrigue sans véritables enjeux. Pour ne rien arranger, le personnage principal se veut être tellement proche du plus parfait des anti-héros qu'il en devient fade et inintéressant. Il a beau être présent à l'écran, on finit par ne plus le voir, par ne plus le remarquer. Son caractère sympathique et son aspiration à cultiver les légumes, ne le rendent pas spécialement sexy ou exaltant. Le pire sans doute dans cette histoire, c'est que Nicholson roule à l'ordinaire et nous endort doucement. On se surprend même à regretter ces nombreux rôles dans lesquels il ne faisait que cabotiner, on se surprend à espérer que Nicholson fasse du Nicholson !

Seulement The Missouri Breaks n'est pas que torpeur et ennui, et cela nous le devons à un homme, Marlon Brando ! Sa prestation en roue libre, géniale pour les uns, insupportable pour les autres, aura le mérite de marquer les esprits, ce qui n'est déjà pas si mal. En tout cas, en une poignée de scène il incorpore cette folie douce qui manquait cruellement au métrage : son personnage de simple tueur devient totalement surréaliste, abordant les accoutrements les plus improbables, se payant même le luxe de se transformer en Ma Dalton, exhibant un maniérisme des plus savoureux à travers sa gestuel, ses mimiques et sa diction. Son insolente prestance ne suffit pas à transformer The Missouri Breaks en chef-d'œuvre, mais elle lui permet de ne pas sombrer dans l'indifférence et dans l'oubli.

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