Ba-ba-ba dook dook dook !

Avis sur Mister Babadook

Avatar Wykydtron IV
Critique publiée par le

Il y a quelques semaines, j'ignorais encore totalement l'existence de "The Babadook", renommé en France "Mister Babadook", mais il n'a pas fallu longtemps avant que je sache comment écrire ce titre et que je sois enthousiaste à l'idée de voir ce film, étant donné que les premiers avis sur internet étaient élogieux.
Je me demandais si ça ne pouvait pas être ce film d'horreur que j'attendais inconsciemment, ce film d'horreur contemporain qui serait de qualité, contre-balançant toutes les merdes qui ont attiré les foules en salle ces dernières années.
J'ai été ravi de gagner une place à une avant-première privée grâce à SensCritique, qui m'a par ailleurs permis de découvrir un cinéma dont je n'avais vu que l'extérieur jusque là, le Club 13, et dont les salles comportent quand même des fauteuils en cuir !

Le film présente une veuve, Amelia, et son fils Samuel, garçon turbulent, qui n'écoute rien, fabrique des objets dangereux à la "Home alone" afin de se défendre contre un monstre sous son lit, et qui geint souvent, d'une voix rendue encore plus stridente par le mixage. Un enfant qui, symboliquement et littéralement, étouffe sa mère, comme on peut le voir au début du film, quand il s'agrippe à elle, involontairement, durant son sommeil.
J'ai craint de retrouver un gamin aussi insupportable que celui de "Freddy sort de la nuit" (qui a un thème un peu similaire, d'ailleurs), que j'avais sérieusement envie de frapper contre un mur pour faire éclater sa cervelle (une idée d'ailleurs évoquée par un personnage dans Mister Babadook, comme quoi...)
J'ai été sauvé de l'agacement par l'arrivée de LA bonne idée au centre du film : le livre "The Babadook".
Il ne faut pas juger un livre à sa couverture, car d’apparence, il s’agit d’un ouvrage pour enfants, avec un récit en rimes, comme une comptine, et des illustrations animées par des languettes à tirer, mais il y est question d’un croque-mitaine qui sort de son placard (comme R. Kelly) afin d’attaquer un enfant, et qui annonce sa venue en frappant trois coups. Ca fait penser à un croisement entre un personnage du Dr Seuss et Candyman ; en tout cas toutes ces idées derrières le Babadook sont superbes.
Amelia, voyant comme le livre effraie son fils, cherche à s’en débarrasser, mais évidemment l'ouvrage revient, avec de nouvelles pages, qui annoncent la suite des évènements : Amelia va tuer son fils puis se suicider. C’est vraiment prenant, déjà que le livre a quelque chose de captivant, de par son principe et son esthétique, ses dessins à l’aspect enfantin mais terriblement glauques.
Le look du Babadook en lui-même est encore plus efficace, et vraiment effrayant. Il est totalement réussi ; ses airs de monstre de film expressionniste allemand, ses mouvements saccadés, sa voix quand il susurre "ba-ba-ba dook dook dook", … tout en lui a de quoi à la fois émerveiller et tétaniser. Le Babadook est assurément le meilleur monstre que j’ai vu dans un long-métrage depuis longtemps.
L’esthétique du film en général est soignée de toute façon, même si on peut reprocher un choix d’étalonnage un peu simpliste : tout est désaturé et on croirait tout voir en nuances de gris (et il n’y en a pas juste cinquante), tout le monde a le visage pâle et porte du noir, comme s’ils étaient tous en deuil.
La réalisatrice a aussi clairement cherché à enrichir sa mise en scène par des expérimentations visuelles et sonores, le son prenant une part très importante du film, donnant tout leur intérêt à certains passages.

Le fait que le film ait été réalisé par une femme se remarque dans le choix de ce personnage principal, une mère qui se sent seule (et que Jennifer Kent n’hésite pas à représenter se servant d’un vibro-masseur), et qui semble indifférente à l’affection d’un collègue nettement amoureux d’elle… et qui disparaît en milieu d’intrigue, bizarrement.
En tout cas la dynamique entre la mère et son fils est très efficace.
Comme dans Jeu d’enfant (ou cet insupportable Freddy sort de la nuit), la menace paranormale s’en prend à une famille dans laquelle un enfant essaye d’avertir les autres, mais est considéré comme un être troublé, et l’éventuel coupable.
Ca rend le vrai méchant d’autant plus sournois, et il y a des moments de frayeurs efficaces où l’enfant désemparé face à une menace réelle que lui seul voit se heurte à l’incrédulité des adultes, mais le gosse ici est tellement arrogant qu’il gâche presque tout.
Heureusement, progressivement, le fils devient docile et s’efface, tandis que sa mère pète les plombs. Et là, ça m’évoque encore un autre film, Répulsion (avec comme lien supplémentaire le thème de l’isolement), sauf que là, la mère dans Mister Babadook a vraiment de quoi devenir tarée.
Le film offre des moments d’une intensité qui fait frémir, il y a même carrément une scène où les basses faisaient vibrer le sol de la salle, putain quelle immersion ! Il y a de bonnes idées (par exemple, le fait que la mère frappe trois coups, comme le Babadook, pour défoncer la porte de la chambre de son fils), mais d’autres qui font que je reste partagé, malgré toutes les qualités du film.
La fin notamment est complètement ridicule. Pourtant, je pense que Jennifer Kent est une cinéaste qu’il faudra suivre ces prochaines années, car elle la capacité de nous faire d’excellents films à l’avenir. Et je recommande tout de même d’aller voir The Babadook à sa sortie, pour tous ses aspects positifs.

La projection a été suivie d’un questions-réponses qui, au vu du nombre de gens dans la salle, avait un côté un peu intimiste, d’autant plus que la réalisatrice répondait avec bonne humeur.
C’est très rare, mais pour une fois, la traductrice n’était pas complètement incompétente, et pratiquement toutes les questions étaient pertinentes.
On a pu apprendre que le nom du monstre du film vient du terme Serbe "babaroga", qui veut dire "boogeyman", mais aussi… "grand-mère", apparemment.
[spoiler] Mais le plus pertinent a été cette remarque d’un spectateur à propos du fait que le Babadook semble être une métaphore de la peur et de la haine d’Amelia pour son fils, et dans ce cas, pourquoi est-ce qu’elle finit par le nourrir ? C’est une remarque particulièrement intéressante, vu qu’elle donne une indication sur ce qu’est réellement le Babadook, la réalisatrice ayant répondu que pour elle, le monstre représentait quelque chose de précis, mais qu’elle ne voulait pas gâcher l’interprétation de chacun. Si Amelia le nourrit, c’est parce qu’il s’agit de quelque chose qui ne peut disparaître. Il n’est pas improbable du coup que le Babadook représente une notion universelle et intemporelle, comme la peur. Une autre interprétation du même spectateur est qu’Amelia ne veut le laisser partir car il représente ses souvenirs de feu son mari (ce à quoi j’ajouterai "ses remords").
Je me suis rendu compte que la fin ne fonctionne que si on comprend qu'il s'agit d'une métaphore, alors qu'en l'abordant de façon terre-à-terre, elle est vraiment absurde.
Si le film n’a pas satisfait mes attentes, au moins cette avant-première fait partie des plus sympas auxquelles je me suis rendu.

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