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Mogambo par abarguillet

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Victor Marswell capture des animaux africains pour les zoos du monde occidental et dirige des safaris. Arrive une Américaine Eloïse, invitée là par un maharadja, reparti sans plus attendre dans son pays... et avec laquelle Victor prend le temps d'une amourette. Survient un couple d'Anglais dont le mari anthropologue veut aller étudier les gorilles, et dont la femme Linda est assez jolie pour donner à Marswell de bonnes raisons de diriger cette expédition risquée. Entre ces deux femmes et les dangers de l'Afrique, de beaux paysages et les atermoiements du coeur ...

Tourné après « Le soleil brille pour tout le monde » et, avant, « Ce n’est qu’un au revoir », « Mogambo » (1953) est une nouvelle version de « Red Dust » (1932), un film de Victor Fleming, en moins bien diront certains critiques. « Mogambo » est l’histoire d’un safari en Afrique (Kenya – Ouganda) au cours duquel se déroule un marivaudage entre le chasseur de gibier, la séductrice et le couple d’Anglais. L’aventurier (Clark Gable) hésite entre la blonde coincée (Grace Kelly) et la brune allumeuse (Ava Gardner), même si, au final, c’est la femme qui choisit. Le film ne manque pas de surprendre par la désinvolture avec laquelle Ford mêle les prises de vues tournées en Afrique et les sentiments de ses protagonistes. Voilà au moins un pied de nez aux conventions hollywoodiennes car rien ne finira comme on pouvait s’y attendre dans la bible illustrée du 7e Art américain, un trio cornélien s’y alloue la part du lion … nous sommes en Afrique. Et, pour une fois, il n’y a pas que les paysages qui nous séduisent et nous subjuguent comme c’était le cas dans « La Prisonnière du désert » ou « L’Homme tranquille ». L’Afrique de Mogambo est certes peu inventive et le film souffre de la comparaison avec « Hatari », le chef-d’œuvre de Howard Hawks, qui bénéficiait d’un réalisme presque documentaire. Ici, John Ford a cédé à quelques artifices. Nous sommes également très loin des États-Unis et de l’Irlande, des récits sur l’armée ou les communautés de pionniers qui ont toujours passionné Ford.

Car dans "Mogambo", la priorité revient à l’aventure des sentiments et aux relations humaines assumés par la théâtralité du cinéma fordien. Si les décors laissent souvent à désirer, le physique des actrices est parfaitement mis en valeur dans leurs oppositions, la brune somptueuse et sauvage comme la faune qui l’entoure, la blonde suave et délicate comme une porcelaine égarée dans cette jungle inquiétante. Par la même occasion, le cinéaste analyse le choc des cultures, vu à travers le comportement d’un petit groupe d’Occidentaux déracinés, et filme avec beaucoup d’amour et de sensualité Ava Gardner dans le rôle d’une femme belle et énergique comme il les aimait, bien que le rôle, au départ, n'ait pas été prévu pour elle.

La rivalité des deux femmes est l’enjeu de cet opus tourné dans l’atmosphère moite de la forêt tropicale et le triangle amoureux qu’elles forment avec Clark Gable, déjà vieillissant, laisse entrevoir les fêlures de l’une (Eloïse) et le dilemme de l’autre (Linda), partagée entre son désir et les bonnes manières inculpées par son éducation. Pour son interprétation, tout en finesse, Grace Kelly recevra le Golden Globe de la Meilleure actrice dans un second rôle. Par ailleurs, Ford a su créer une ambiance propice à ce jeu subtil sur fond de rythmes tribaux africains, de prises de vue nocturnes dans la savane et de scènes spectaculaires avec les animaux. Il n’oublie pas non plus d’avoir recours à ses motifs visuels de prédilection, soit les cadrages fortuits dans l’embrasure d’une tente ou d’un portail qui saisissent l’intimité de l’une, l’inquiétude de l’autre, clairs-obscurs qui dévoilent ce qui se vit en secret, alors même que tout veille : les convictions intérieures, souvent remises en cause, et les réalités extérieures, implacables. Les trois acteurs sont parfaits : Ava Gardner blessée dans sa fierté, Grace Kelly surprise dans sa candeur et Clark Gable toujours flegmatique dans sa mâle virilité.

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