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Moi, Tonya par Christine Deschamps

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Ce titre un peu trompeur cache en réalité une mosaïque de témoignages, émaillée de retours sur les faits qui ont conduit à la fin de la carrière de patineuse de Tonya Harding. Un invraisemblable enchaînement d'événements quasiment burlesques ayant entrainé une catastrophe personnelle sans nom; et d'ailleurs, c'est sur le ton du burlesque que l'ensemble est traité, avec des réflexions face caméra des protagonistes et de grands moments complètement barrés, dans lesquels la folie de chacun s'exprime en roue libre. La palme revient au pote obèse du mari de Tonya, plus que mythomane, dont les affabulations toxiques finiront pas déclencher l'irréparable. Un vrai naufrage. Apparemment, tout le monde se souvient de l'agression qui a eu raison de la rotule de la concurrente de Tonya Harding... même moi, qui n'ai jamais montré d'intérêt particulier pour le patinage artistique, même quand notre gloire nationale a taquiné le titre. Mais, dans les années 80, les télés étaient allumées en permanence dans les réunions de famille et les images de ces poupées ultra-fardées exécutant des figures démentielles avec une apparente facilité étaient monnaie courante. Et donc parfaitement transparentes. L'une des forces de ce film, c'est de faire du patinage un univers impitoya-a-ble, à la Dallas, susceptible de prétendre à l'universel : le dépassement de soi, l'oubli et la rédemption grâce à l'effort, la compétition forcenée, l'ingratitude, le triomphe... autant de thèmes accessibles à tous. Mais, surtout, ce qui frappe dans cette histoire, c'est le côté 'légende noire' de l'Amérique triomphante. Ou comment cette enfant comme toutes les autres, parce qu'elle a tiré le gros lot de la beaufitude familiale, est promise à une damnation certaine avant même d'avoir posé son premier patin sur la glace. Le personnage de la mère est en soi un archétype : plus dure que l'airain, tranchante comme un katana, aussi calculatrice que sans vergogne, une saleté magistrale. Sa violence psychologique n'a d'égale que la violence physique du gentil mari de Tonya, pas même un méchant bougre, mais d'une bêtise sidérante. Tout cela grâce à un environnement social délétère, abandonnant les gens à eux-mêmes et donc à leurs pulsions les plus primitives. On appelle ça le libéralisme, parfois. Autant dire que la critique est féroce, à la hauteur du désastre final. L'épilogue est encore plus cruel que tout le reste de cette sombre histoire, où l'ont retrouve un peu l'esprit des Panneaux de la vengeance. Bref, une bonne surprise cinématographique, bien troussée et parfaitement incarnée par une distribution au taquet.

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