Tonton ce héros

Avis sur Mon oncle Frank

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Ça y est, enfin : Alan Ball, le papa d’American beauty, de True blood et de Six feet under (LA plus belle série du monde, faut-il le rappeler), est de retour. Il avait lancé une nouvelle série début 2018 (Here and now) qui, faute de séduire public et critique, avait fini par être annulée après seulement une saison. Cette fois c’est avec un long métrage, son deuxième après Towelhead en 2007, qu’il revient, nourri en partie de souvenirs très personnels (son coming out auprès de sa mère, la possible homosexualité de son père, un ami de celui-ci qui s’est noyé…). Souvenirs diffus, parsemés dans l’histoire de Frank, professeur de littérature à New York au début des années 70 qui se retrouve soudain confronté au décès de son père (qui l’a toujours rejeté parce qu’il le savait gay) et à ses proches qui ignorent tout de sa vie avec son compagnon Wally.

Dès American beauty, et principalement dans Six feet under (et aussi dans Here and now), Ball a observé avec acuité et mordant (mais toujours avec tendresse) la cellule familiale pour mieux en révéler failles et secrets, et dire comment elle peut fragiliser nos identités propres, empêcher nos envies d’émancipation. Uncle Frank parlera donc, à son tour, de famille et d’émancipation, celles de Frank et de Beth, sa nièce auprès de laquelle il représente une sorte de mentor et qui a eu, elle aussi, besoin de s’éloigner de son foyer pour pouvoir s’affirmer (en tant que jeune femme indépendante). Ce sera de plus, pour Frank, l’occasion d’exorciser un trauma d’adolescence directement lié à son homosexualité, alors fortement reprouvée (euphémisme) à cette époque (les années 40) par les valeurs traditionalistes de beaucoup d’États (la Caroline du Sud en l’occurrence). Bien que les années 70 virent l’Amérique entière, et un peu moins à New York, San Francisco ou Los Angeles, pas plus avancée sur la question.

Si le thème et la mise en scène manquent clairement d’originalité, et si les clichés mélos ne sont jamais loin de saturer l’espace narratif, et si Ball a manifestement perdu de ce ton provocant qui jadis habitait ses créations, reste qu’Uncle Frank se regarde toujours avec plaisir et parfois avec tristesse (plusieurs scènes, telles la lecture du testament ou le rejet de Sam, son amour de jeunesse, par Frank, sont très fortes émotionnellement), en plus d’être porté par les interprétations remarquables de Paul Bettany et Sophia Lillis. Une sorte de feel good movie net et sans bavure (tout finira au calme autour d’un verre, dans le jardin, sous un soleil bienveillant) qui, à l’instar de Pride ou de Green book, brille d’abord par sa façon de livrer, mine de rien, un vibrant plaidoyer pour la différence et la tolérance ce qui, surtout en ce moment, fait plutôt du bien.

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