Sa majesté ne fait pas mouche

Avis sur Monos

Avatar Eowyn Cwper
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Dans les paysages surnaturels des montagnes colombiennes, un groupe de jeunes est entraîné par un militaire seul. Sans unité de temps et à peine une notion de lieu, l'aventure commence au-dessus d'une mer de nuages pour ces soldats tirés de Sa Majesté des Mouches. Capable de générer des émotions fortes quasiment à la demande avec ses cadrages mystiques et sa musique toute en discordances, Monos dégage un quelque chose de tribal et mystérieux très prometteur. Il y en aura une continuité ; mais pas de développement.

L'ironie de Monos, c'est qu'il rend à tout instant clair ce qu'il veut vraiment faire, sans jamais y parvenir. Okay, il veut refléter l'actualité du conflit colombien, mais à part le remixer, il n'en fait rien et reste muet dessus. Okay, il veut faire douter qu'on est bien dans le moment présent et arrive assez bien à laisser flotter la possibilité qu'il se situe dans un futur proche. Longtemps la guerre apparaîtra comme une légende et l'on sera incrédule à son sujet, baigné de la même saveur d'aventure juvénile qui constituait l'âme du travail de Peter Brook. Mais il tient trop à tout flouter.

Trop floutées, par exemple, sont les intentions de personnages bien distincts les uns des autres, ce qui bloque notre attachement et nous force à traverser l'histoire avec distance. On verra tous les signaux nous invitant à lâcher prise et à se laisser fondre dans l'intemporalité de la forêt avec une insouciance maladive, mais si l'hallucination est tentante, elle reste inaccessible : pour lâcher prise, il faut d'abord nous lier à une réalité que Monos se refuse à délivrer. Il en reste des bribes éparses, mais rien pour s'en faire un souvenir solide.

Quantième Art

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