Show, don't tell

Avis sur Monrovia, Indiana

Avatar Alexis Vantilcke
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C'est dans l'Indiana, état du Nord des Etats-Unis d'Amérique que Frederick Wiseman a décidé de poser sa caméra. Et plus précisément à Monrovia, ville d'à peine mille habitants. Quand je dis "posé", je ne peux pas être plus près de la vérité dans la mesure où l'octogénaire nous propose une série de plans fixes donc le montage est tel qu'il nous semble regarder un diaporama photo. Car c'est à travers cet aspect d'album photos qu'il a souhaité nous dépeindre Monrovia. La photographie du film nous propose, sans artifice, la ruralité de l'Amérique, une Amérique blanche et god-fearing.

Bien que chaque plan ait été choisi, et qu'il n'existe pas de neutralité absolue quant à la réalisation d'une oeuvre et d'autant plus un documentaire, Wiseman laisse la parole à ceux qu'il filme - parfois trop longtemps - il ne leur pose pas de questions et les laisse vaquer à leur occupation ou reprendre le fil de leur discussion comme si la caméra était absente.

En filmant l’Amérique du "Nord", Wiseman essaie de proposer une image neutre et objective de ce que peut être la vie aux Etats-Unis à l'aube des années 2020, loin des clichés habituels du deep-south. Il nous montre pêle-mêle la vie politique de la bourgade, le conseil municipal, les commerces, le barbier, le tatoueur, le vendeur d'arme, le café, mais aussi l'école, le gymnase, la musique, l'église, la loge maçonnique, un mariage et un enterrement. La campagne Américaine est peuplée de tracteurs, de porcins, de champs de maïs et de silos mais c'est une Amérique de la terre, qui manipule sa matière première, qui soigne ses bêtes et qui déverse ses pesticides.

Apposant constamment la religion et la nature, le document prend un ton pleinement pastoral, celui de l’exceptionnalisme américain, guidé par dieu pour semer, s'étendre, contrôler la nature et s'imposer, comme un colon des temps modernes, sur sa propre terre.

Impossible de dire si le second amendement y est critiqué, si la religion et les ordres initiatiques moqués et la consommation de viande et l’agriculture intensive condamnées, ou si, au contraire, il s'agit d'un regard bienveillant envers une Amérique préservée des vices et de la corruption des grandes métropoles, une Amérique pieuse, où la démocratie est vivante et locale, où les gens possèdent tous un savoir-faire et ne sont pas bousculés par le temps, par l'agitation de la vie urbaine. Car même si le document est assez long, il l'est parce qu'à Monrovia on prend son temps, on parle de la vie et de la mort.

En fin de compte, Wiseman nous laisse le choix et s'y prend bien, les images parlent d'elles-mêmes et nous dressent un portait on ne peut plus direct et réaliste.

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