MOONLIGHT – 14/20

Avis sur Moonlight

Avatar Thibault_du_Verne
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Roman d’apprentissage et d’émancipation moderne et urbain, Moonlight s’articule autour du destin de Chiron, un jeune homme issu d’un ghetto de Miami où la drogue et la violence régissent la vie de ses habitants. Le film se découpe en trois segments équilibrés qui suivent le garçon à trois étapes de sa vie, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte.
Moonlight pourrait n’être qu’une nouveau film de gangster, pointant du doigt la fatalité qui ne manquera pas de frapper ce gamin orphelin de père, élevé par une mère droguée et recueilli par un dealer paternaliste. Vous avez dit cliché ? oui, sauf que Chiron est homosexuel. Et c’est tout sauf un cliché. Des brimades de ses camarades de classes, aux passages à tabac du lycée, Chiron doit à la fois mener un combat pour s’extirper d’un contexte social impossible et s’engager dans une douloureuse quête d’identité. Mais est-ce seulement possible ?
C’est la question que pose Barry Jenkins, sans angélisme, parfois avec un lyrisme un peu trop appuyé (notamment au niveau de la musique), mais aussi beaucoup de pudeur.
Sa mise en scène se situe au plus près de ses personnages. Il manie une caméra nerveuse qui leur tourne souvent autour comme pour exprimer l’insécurité et le trouble qui les saisissent.
Si l’écriture subtile et des dialogues juste permettent à Moonlight d’échapper à tout ridicule, la nouveauté du propos ne peut qu’interpeller son auditoire, salutairement.
Il faut également saluer la cohérence du casting, car si les 3 acteurs qui interprètent Chiron ne se ressemblent pas tant que ça physiquement, il se dégage de leur interprétation une homogénéité de jeu (et de regard) tout à fait remarquable. Il faut associer à ses compliments les très talentueux Mahershala Ali et Naomie Harris en mère junkie, tous deux parfaits.
Dans un sens, Moonlight m’a rappelé The Hours, le film de Stephen Daldry. Même s’il en est en apparence très éloigné et s’il n’en a pas la puissance émotionnelle, il traite mine de rien d’un même sentiment douloureux de passer à côté de sa vie, que ce soit à cause de la pression social, par manque de courage ou pour n’avoir pas su ou voulu regarder la vérité en face. Reste que les regards de lerus héros sont parcourus par une même indicible tristesse.

Si Moonlight n’est pas un film dont on sort ravagés par l’émotion, il résonne néanmoins longtemps dans l’inconscient, comme s’il était finalement plus puissant que l’air modeste qu’il se donne. L’avenir nous le dira sans doute.

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