Moonlight: l'Homosexualité, pas la pleine lune mais un bon croissant de Lune

Avis sur Moonlight

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« Je n’avoue pas que je suis homosexuel parce que je n’en ai pas honte. Je ne proclame pas que je suis homosexuel parce que je n’en suis pas fier. Je dis que je suis homosexuel parce que cela est » Jean Louis Bory.
Comme nous le savons tous, l’homosexualité est une question qui est depuis des années et encore aujourd’hui l’une des préoccupations morales les plus importante. Au cinéma également, cette thématique anime depuis plusieurs décennies des débats sur les mœurs et la liberté de tomber amoureux d’une personne du même sexe. Ainsi, on a pu voir depuis les années 1970, époque de grandes manifestations pour la liberté et la reconnaissance sexuelle, un grand nombre films militant sur la question. De nos jours en 2017, l’acceptation de l’homosexualité dans les évolutions socio culturelles des sociétés reste centrale, quatre ans après les manifestations pour le mariage pour tous en 2013. Après La Vie d’Adèle : chapitre 1 et 2 (2013), Pride de Matthew Warchus (2014) ou encore La Belle saison de Catherine Corsini en 2015, viens Moonlight de Barry Jenkins en 2017.
Avec Moonlight, adaptation de la pièce de théâtre de Tarell Alvin McCraney In Moonlight Black Boys Look Blue, le réalisateur et scénariste noir américain Barry Jenkins à qui l’on doit le drame romantique Medicine for Melancholy (2008), nous emmène dans les quartiers mal famés d’un Miami en proie à la drogue dans les années 80 pour nous raconter l’histoire de Chiron, jeune garçon afro américain cherchant à fuir la dureté de son quotidien familiale et, se découvrant en grandissant , une homosexualité naissante. Mais peut-on grandir et s’épanouir librement et sexuellement dans un tel contexte ?
C’est l’étoile du moment ; après avoir particulièrement brillé pendant la dernière pleine lune des Oscars et conquis tout un univers de critiques quasi unanimes, raflé l’Oscar du meilleur film devant La La Land de Damien Chazelle, Moonlight n’arrête plus de faire parler de lui. « Un film au sommet » (L’Humanité), « Magnifique » (Télé 7 Jours), « Un choc » (Studio Ciné Live), telles sont les éloges à l’égard de ce Drame.
L’histoire de Moonlight est aussi intéressante dans le fond que dans la forme. Tout le récit est écrit avec soin grâce à une narration maîtrisée dans son ensemble qui montre bien que le réalisateur connaît son sujet. Avec ce film, Barry Jenkins, nous livre ici une histoire pleine de vérité dans une atmosphère à mi-chemin entre documentaire et film d’auteur personnel intimiste. Ce n’est pas un hasard si Jenkins a choisi la ville de Miami comme cadre dramatique de son histoire. Etant lui-même originaire de Liberty City à Miami on pourrait supposer que le personnage de Chiron, puisse s’agir d’un double du réalisateur. De cette manière, le scénariste en profite pour nous montrer les tourments et la violence d’un mode de vie d’une cité proche de sa propre enfance sans en faire des tonnes et en prenant garde à ne pas basculer dans le mélodrame tire larmes.
Un des points fort majeur de Moonlight réside dans ses choix narratifs. En sauvegardant une structure en actes, le film, sans renier ses origines théâtrales permet d’établir solidement le parcours initiatique et l’évolution de son protagoniste dans les détails. Une évolution des mieux retranscrite pour un personnage dont on a rarement aussi bien insisté sur les idées de « multiples facettes ». Chiron n’est pas une seule entité, mais véritablement trois personnes à la fois. Il est d’ailleurs envisageable d’établir un parallèle avec le centaure éponyme de la Mythologie Grecque, un être composé de deux entités et don Jenkins doit sans doute avoir connaissance. L’investissement de 3 acteurs pour représenter les trois identités rassemblées en une du personnage : Little, Chiron et Black a donc tout son sens dramatique. En additionnant les différents jeux d’acteurs, le réalisateur a su trouver un moyen astucieux et pertinent de rendre crédibles et vraisemblants les changements et prises de conscience du protagoniste et de voir comment l’enfant, l’adolescent et enfin l’adulte, est conditionné par les attitudes, les mœurs et les questions financières de son environnement ? Une façon d’aborder le récit qui ne nous est pas étrangère, on pensera à certains films notamment Slumdog Millionnaire de Dany Boyle (2008) avec Dave Patel pour établir une comparaison.
Mais néanmoins, si Moonlight présente en surface une potentielle profondeur dans le sujet qu’il aborde, force est de constater que l’émotion médiatisée, sous entendue n’est pas là. Le personnage aussi attachant soit il ne parvient pas à nous faire éprouver plus qu’un bon sentiment de sympathie, aussi, force est de constater qu’il y a un peu tromperie sur la marchandise quant au traitement de l’homosexualité vendue comme centrale mais qui finalement est très vite réduite à une caractéristique accessoire du personnage que le réalisateur a laissé en suspens pendant les trois quarts du film plutôt qu’un véritable enjeu. Le problème qui se pose vient du fait que le film de Barry Jenkins a été vendu élogieusement comme un film profond et émouvant sur la question…mais ne tient finalement aucun véritable discours dessus et laisse cette question au second plan. Le thème de l’homosexualité en reste à un simple astre indépendant dans la galaxie de Chiron. Du coup, le personnage principal n’est plus aussi creusé et l’intrigue finit, tout restant globalement bien organisée, par se chercher un peu. Le film en plus de ne pas susciter l’impact émotionnel attendu demeure dépourvu de rebondissements.
Le pari d’adapter l’œuvre théâtrale de Tarell Alvin McCraney est donc une belle réussite pour Barry Jenkins qui réussit en 1h50 à nous immerger brillamment dans le quotidien de ce Noir Américain grâce à documentaire aux accents intimistes. Un drame réaliste intéressant dans le Miami des années 1980 mais qui aurait pu gagner bien plus en profondeur s’il avait traité de l’homosexualité au premier plan. Une belle pleine lune quelque peu gâchée par les nuages, l’émotion ne sera pas au rendez-vous chez tout le monde.
(PS: cette critique a été rédigée dans le cadre d'une évaluation pour mes cours d'Arts du Spectacle, d'ou le fait que mon style d'écriture diverge un peu de d'habitude)

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