mauvaise passe

Avis sur Morituri

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Quand Brando, en 1964, accepte de tourner dans Morituri , cela fait déjà plusieurs années et projets qu'il se trouve dans une mauvaise passe: ses films font des fours au box-office, il se braque contre les studios et ses metteurs en scène (ses partenaires, pour la plupart, n'y échappent pas non plus) et il semble de plus en plus se désintéresser de l'art dramatique. Force est de constater que Morituri sera, après "Le vilain américain" et "Les séducteurs" (films qu'on a du mal à trouver sur le net), une énième déception.
Pourtant, l'intrigue ainsi que la première moitié du film laissent présager un bon film d'action, mêlé de personnages psychologiquement intéressants. En effet, Brando joue un allemand (six ans après sa composition dans "Le bal des maudits"°, qui s'est fait oublié en Inde durant la seconde guerre mondiale; nous sommes en 1942 quand les services secrets britanniques retrouvent sa trace et l'obligent (Trevor Howard est une fois de plus très crédible en crapule) à bosser pour eux: il devra monter à bord d'un cargo renfermant une cargaison précieuse de caoutchouc et le déminer, empêchant ainsi les Allemands le sabotage (le film sortira sous ce titre d'ailleurs: "Les saboteurs") si jamais ils devaient se faire repérer dans les eaux du Pacifique surveillées par les Alliés. On assiste alors à quelques scènes psychologiquement intéressantes où s'affrontent Brando et Yul brynner (moins fade que d'habitude) ainsi que d'autres où es savamment entretenu le suspense. Le film se déploie en outre sur un véritable cargo d'époque et d'une photographie noir et blanc très léchée de Conrad Hall.
Cependant, à mi-film, avec l'arrivée de nouveaux personnages (dont l'un, juif, interprété par la jeune et séduisante, trop d'ailleurs ici cela nuit aux propos du film, Janet Margolin), le rythme patine et l'intrigue d'action/espionnage se double lourdement d'une autre où il est question de responsabilité individuelle et collective, d'une dénonciation de l'antisémitisme. Les acteurs se prennent alors très au sérieux et on commence à s'ennuyer ferme.
Les conditions de tournage, houleuses, n'ont sans doute pas permis à Bernhard Wicki de rééditer le bon équilibre trouvé entre le scénario et la justesse des propos du film qui le fit connaître ("Le pont"), dommage...

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