Entretenir son vampire.

Avis sur Morse

Avatar Heisenberg
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Avant toute chose, je suis le premier à crier au scandale en voyant les traductions françaises de titres de film, mais pour une fois qu'une interprétation libre est particulièrement bien sentie, sortez-le moi de vos listes de la honte. Appeler le film 'Morse' car il parle de vampire, c'est en-soi une idée pas plus conne qu'une autre, mais à mesure que s'installe ce récit de solitude, d'amitié promise à l'ombre et donc, de communication qui ne pourra se faire que secrètement, on saisit que ce double-sens, pas non plus des plus subtils, est un parti-pris totalement justifié qui fait en fin preuve d'un peu de matière grise.

Pour en rester sur le gris, la froideur suédoise (fou comme choix, d'ailleurs, inexplicable, l'histoire d'un petit garçon solitaire dans la Suède des années 80 pour un réalisateur qui a grandi en Suède dans les années 80, INEXPLICABLE) — la froideur suédoise donc, sied particulièrement bien à l'ambiance que peut revêtir un film de ce genre — entendons, thriller horrifique tendance fantastique — et la photographie entre glace et pâleur rend la lividité ou la blancheur des visages encore plus interpellantes. Pourtant, 'Morse' avait tout pour se briser les dents. Les transpositions de mythe n'ont jamais été signes de réussite et l'avalanche de films de vampire dans les années 2000 — genre essoufflé à peine avait-il commencé — avaient de quoi nous donner envie de détester le film avant même de l'avoir vu.

Mais pour faire d'un préjugé une agréable surprise, faut-il encore le talent d'un réalisateur. Tomas Alfredson est de ces rares cinéastes récents qui arrivent assez bien à composer avec les impératifs mercantiles de toutes productions cinématographiques actuelles pour garder un contrôle artistique sur son film; ce qu'il confirmera d'ailleurs avec son prochain fim. Sans aller jusqu'à dire qu'il se sert et retourne des contraintes souvent imposées par des producteurs un peu frileux, il arrive sans mal à les manipuler et à offrir à son film le rythme un peu lent qui permet aux fulgurances d'éclater bien rouge au milieu de ce nord monochrome. D'ailleurs, c'est assez bien que le film ne refuse pas d'y aller franchement dans les excès, pas que ce soit excessivement gore — l'esthétique est davantage inspiré des comics et en est presque amusante — mais plus dans la liberté de ton qui fait des quelques carnages un spectacle de cirque où l'on interroge parfois davantage la dimension animale que le mythe du vampire.

Alors tant pis si cela s'accompagne du lieu commun narratif que constitue l'évolution d'Oskar qui peu à peu sort de sa torpeur et son enfermement pour rendre les coups, puisque cette 'émancipation' se fond totalement dans l'escalade du massacre et sous-tend une vampirisation dont on attend à chaque instants la morsure parachevant la mutation (l'amitié ?). Geste sacré et iconique d'une légende dont Morse reprend un à un les codes (pas l'ail quand même, tout le monde déteste l'ail, rien à voir avec les vampires) et qui, loin de s'apparenter à une liste-de-choses-à-caser-dans-un-film-de-vampire, les met au service d'une libre interprétation dont le final laisse le petit sourire complaisant en coin, comme celui d'Oskar après son coup de pique (de pieu?), celui, indicible, du massacre agréable.

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