Y a-t-il un croyant pour sauver Mère nature ?

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Il y a une femme, forte, et courageuse. Sans elle, pas de maison. C'est la mère féconde, créatrice du foyer. Il y a lui, cet homme que l'on ne nomme pas. C'est un auteur, sur ses ouvrages il est comme Dieu. C'est le premier poète à raconter la vie. On l'adule. Aronofsky raconte la genèse de ce cocon. Comment est arrivé ce petit coin de paradis, comment les visiteurs qui n'avaient nul par ailleurs où aller se le sont approprié jusqu'à créer l'Apocalypse dedans. Un vrai chantier.

Après avoir laissé rentrer un homme, quelconque, le maître des lieux pense retrouver l'inspiration. C'est le cas. Alors que ce dernier tient l'homme banal par les côtes pour l'aider à vomir, à cause de l'ivresse, il lui vient une idée. Le lendemain, le vieil homme qui s était seul a une femme.
Tous les deux sont des grands admirateurs du poète. Il vivent dans cette maison sans gêne. Ils vont partout, gaspillent, ne rangent rien. Ils n'ont pas accès au bureau. Et ne doivent pas toucher au bijou qui s'y trouve. Après qu'ils l'aient cassé, plus rien n'est comme avant. Tout va toujours de plus en plus mal.

Abel et Caïn, ou pas, deux frères jaloux dirons-nous, se battent. Vous connaissez la suite. Toutes les références sont là. Certaines mieux cachées ou moins accessibles que d'autres.
Maintenant que ce film biblique est quelque peu plus clair il faut saluer la force d'Aronofsky qui adapte le premier livre de la Torah à l'aide des codes des films d'horreur. L'idée est très puissante. Par ses gros plans et ses longues focales le réalisateur nous plonge dans la détresse de l'héroïne. Personne ne la respecte.
Gaïa, mère nature, Mother, est piétinée par tous et n'est pas la bienvenue dans sa propre maison. Dans le sujet, il y a quelque chose de fort. Javier Bardem et Jenifer Lawrence se complètent très bien, tant dans leur jeu d'acteur que dans l'histoire. Elle, aurait pu vivre seule. Mais elle, l'aime. Puisque le postulat de départ veut que Dieu existe, alors d'accord. Mais il se laisse dépasser par les interprétations de ses lecteurs, par le sans-gêne des fanatiques qui font trop pour lui, des sceptiques qui sont enfermés à cause de lui, d'autres qui espèrent en vain le voir, et certains qui veulent juste laisser des traces pour dire qu'ils étaient ici. Cette terre paisible devient inhospitalière. Mais le peuple reste. Il n'a nul part où aller.

La photographie très belle dévoile tour à tour une verdure accueillante​ et un soleil chaleureux. Du jaune, du vert, de l'espoir, du bien être. Puis une lumière plus sombre, entachée de très beaux rouges et de bons effets spéciaux. Les chapitres sont bien marqués par des fondus au blanc intenses.
Tout est admirablement pensé en passant assez vite. Le spectateur qui a compris la démarche de l'auteur ne peut s'empêcher d'imaginer la suite. Même si, l'histoire très connue, est donc facile à devancer, la mise en scène permet de déstabiliser le spectateur et d'installer des temporalités différentes. En un plan, le temps de l'histoire passe parfois beaucoup plus vite qu'en dix plans. Le réalisateur sait véritablement manier les temporalités, les ellipses, les scènes importantes.

Le film est à la fois complexe et très accessible. C'est beau de voir un film hollywoodien, un tel casting, et une densité dans l'histoire. Certains diront que le récit est très attendu (je trouve qu'il l'est comme pour tout film dont on aurait lu le livre avant, et ce ne peut pas être un reproche). Toutefois, dans ma salle de cinéma, alors que les lumières se sont rallumées, beaucoup de personnes qui pensaient sûrement venir voir un film d'horreur hollywoodien somme toute classique étaient troublées, confuses.
Le film est une allégorie à l’efficacité remarquable. On peut le prendre comme un simple film d'horreur mais ce serait passer à côté d'un formidable récit. Celui de l'humanité selon ceux qui veulent croire.

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