Mieux vaut s'attendre au prévisible que d'être surpris par l'inattendu ?

Avis sur Mourir peut attendre

Avatar JéJé fait son Bagou
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Quel crime ai-je commis avant de naître pour n'avoir inspiré d'amour à personne. Dès ma naissance étais-je donc un vieux débris destiné à échouer sur une grève aride. Je retrouve en mon âme les déserts paternels, éclairés par un soleil du nom de Madeleine.

La fin d'un voyage

Ça y est ! Nous y sommes ! Nous avons atteint la fin d'un voyage !15 ans ! Voilà 15 ans que le premier Bond avec Daniel Craig est sortie ! Une nouvelle version plus réaliste, plus dure, plus viscérale, mais aussi plus humaine et plus poignante. Un redémarrage de la franchise commencé en 2006 avec Casino Royale (de Martin Campbell), suivi en 2008 par Quantum of Solace (de Mark Forster), puis en 2012 avec Skyfall (de Sam Mendes), et en 2015 par Spectre (de Sam Mendes), pour s'achever aujourd'hui en 2021 avec '' Mourir peut attendre '', réalisé par Cary Joji Fukunaga. Une conclusion à la saga Bondienne qui va certainement le plus diviser de par son partie pris qui aura totalement contrasté avec tout ce qui fut déjà proposé. Une redéfinition du mythe 007 au cinéma qui ne sera pas passé inaperçu en enfreignant la plupart des règles. Une chose est sûre, c'est que ce soit en bien ou en mal l'ère 007 Craig n'aura pas laissé de marbre et ce dernier opus n'échappe pas à la règle. Pour le meilleur et pour le pire !

  • Pourquoi est-ce que je te trahirai ?
  • Parce que tout le monde a un secret.

Place à l'ultime mission

Mourir peut attendre est un Bond qui va particulièrement diviser tant il diffère des films précédents qui eux-mêmes marquaient déjà une différence avec la saga originale. Un film étonnant de par ses choix scénaristiques qui ne correspondent pas à ce que l'on pouvait imaginer d'une telle conclusion tant il bouleverse l'ensemble des attentes entourant 007. Forcément un tel bouleversement en matière d'intrigues autour d'un tel personnage va faire des mécontents. Pour autant, est-ce nécessairement une mauvaise chose ? Mieux vaut s'attendre au prévisible que d'être surpris par l'inattendu ? Cary Joji Fukunaga choisit l'audace et opte pour l'imprévu en livrant une version alternative émouvante de James Bond sur une histoire qui sans être exceptionnelle prend des risques et des directions inopinées avec quelques clins d'œil plus ou moins fortuits aux précédents films (qui ici ne sont pas posés grossièrement et vulgairement comme pour Spectre), même s'il est à regretter une fin malheureusement trop prévisible. Prévisible mais respectable car pour rappel la saga 007 Craig est la seule à avoir proposé un véritable début et une véritable fin au personnage de James Bond. Une conclusion pour un tel personnage est totalement bienvenue et fait gagner beaucoup de points au long-métrage.

Le rythme a du mal à se maintenir mais fort heureusement les chapitres dramatiques sont suffisamment bons et passionnants pour combler les manques de tensions jusqu'à l'arrivée des scènes d'action qui livrent un spectacle suffisamment explosif pour nous scotcher à nos sièges. Des séquences palpitantes quelques fois inquiétantes avec un suspense qui certes ne s'inscrit pas dans la durée mais s'avère efficace dans des moments précis. À travers la saga made in Craig on a eu droit à un degré de brutalité très réaliste dans les confrontations qui ici trouve toujours plus de percutions dans des combats violents et sanglants. Des péripéties qui parviennent encore à nous surprendre de par quelques originalités comme avec son long prologue surprenant découpé en trois parties (la première : effrayante, la seconde : glamour, et la troisième : explosive), une dernière confrontation sous haute tension dans une boîte de nuit contre l'organisation SPECTRE, une scène de fuite en 4×4 qui se termine sous un contraste inquiétant dans une brume forestière qui sera le théâtre d'un nouveau bain de sang, ou encore le final nerveux avec un plan séquence magistral pour un dénouement déchirant. C'est remarquable qu'après 25 films la licence Bond parvienne encore à livrer des séquences d'action conséquentes !

Techniquement le film est impeccable ! Les mouvements de caméra sont intuitifs et permettent toujours plus d'immersion via une mise en scène intelligente. La direction et la photographie sont de premier ordre et avant tout courageuses. En effet, Mourir peut attendre sacrifie le style visuel chic et bling bling des deux derniers films sortis pour quelque chose de plus abrupte, froid, lugubre, intimiste et nihiliste. Les ombres et les décors grisonnants sont nombreux et viennent déformer l'atmosphère espionnage pour un climat plus angoissant et frissonnant. Les cadres idylliques aux beaux paysages sont moins présents même si de beaux endroits demeurent avec des cadres saisissant comme l'Italie, la Norvège... La chanson de Billie Eilish est superbe avec des visuels de premier ordre. Le thème musical explore des thématiques profondes et touchantes. La composition musicale d'Hans Zimmer est plaisante, contenant de nombreux rappels des titres classiques de la licence avec beaucoup de John Barry. On regrettera un manque d'originalité et d'inventivité de la part de Zimmer qui avant tout (même si c'est bien fait) remixe des titres connus.

L'histoire n'est pas très indulgente avec les hommes qui se prennent pour Dieu.

On est ravi de retrouver la troupe de comédiens pour une ultime mission Bondienne. L'équipe du MI6 est à nouveau au complet et fonctionnelle avec Ralph Fiennes en tant que M qui une fois encore marque de sa présence, Ben Whishaw en tant que Q qui est amusant, Naomie Harris pour une Moneypenny un peu plus effacée mais toujours aussi fidèle à Bond, ou encore même s'il n'appartient pas au même service : Jeffrey Wright pour Felix Leiter qui amène une bonne dose dramatique au récit. Parmi les nouveautés on retrouve le nouveau 007, qui n'est autre qu'une femme incarnée par Lashana Lynch en tant que Nomi. Agent 007 version girl ça le fait. Une 007 charismatique mais malheureusement trop effacée devant Bond qui certes pour son ultime mission devait garder toute la lumière, mais j'aurais aimé avoir droit à au moins une séquence d'action épique pour la mettre suffisamment en valeur pour marquer durablement à l'esprit. Ana de Armas pour Paloma est la petite grande surprise du film. La comédienne est magnifique, amusante, explosive et excitante : une vraie chatte en furie ! Un personnage malheureusement sous-utilisé qui en un peu de temps marque bien plus que la nouvelle 007 pourtant bien plus présente.

Je reste très partagé autour des antagonistes du film. Je suis très embarrassé par l'antagoniste principal incarné par Rami Malek : Lyutsifer Safin, qui au vu de son potentiel aurait pu être tellement plus marquants ! Un personnage qui durant sa première apparition dans le prologue marque les esprits à travers une forme horrifique effrayante qui malheureusement tombe plus tard dans une nonchalance ennuyante autour d'un objectif friable à peine effleuré au point qu'on ignore clairement ses intentions réelles : Gouverner le monde ? Réduire l'espèce humaine pour sauver la Terre ? Diriger pour simplement diriger ? Devenir le nouveau SPECTRE ? Mettre au point un virus pour le vendre au plus offrant ? On ne sais pas ! Sa vendetta contre l'organisation SPECTRE est une bonne idée malheureusement trop vite expédiée, sachant qu'il extermine trop rapidement l'organisation criminelle soi-disant ultime. On se demande comment il a fait pour passer si longtemps à travers les tentacules de SPECTRE auquel il a voué toute sa haine. Rami Malek malgré son talent n'est clairement pas charismatique et n'offre pas un adversaire ultime à la hauteur de Bond. On se régale tout de même de son repère secret avec son jardin empoisonné qui lui offre un excellent background. On retrouve Christoph Waltz en tant que Blofeld qui passe pour un novice totalement démuni devant Safin. L'ambiance autour de l'arrivée de Blofeld dans sa cellule mouvante est magistrale ! Sa chute se fait dans une indifférence étonnante. Le docteur foldingue spécialisé dans les nano-molécules m'a agacé de par son attitude ridicule.

Daniel Craig dans le rôle de Bond fait sa cinquième et dernière apparition dans le rôle. Sa performance est remarquable ! Le personnage est dramatiquement une fois encore bien exploité, le montrant comme vulnérable surtout devant les femmes de sa vie qui l'auront tout du long bouleversé et façonné. Un personnage toujours plus glamour, sensible et brutal qui néanmoins a abandonné sa figure de gentleman. En clair, une proposition magistrale et très intime qui en fond un Bond profondément humain et révolutionnaire qui change la donne et qui nous offre en plus un superbe adieu. Si dans Spectre je trouvais qu'il n'y avait pas beaucoup d'alchimie entre Bond et sa bien-aimée française Madeleine, Mourir peut attendre à finit de me convaincre. Un beau couple uni par une force commune qui vient embellir le duo. Léa Seydoux pour Madeleine incarne une fois encore superbement le charme à la française et se pose avec une forte volonté devant 007. Un véritable plaisir d'avoir enfin une vraie continuité d'un film à l'autre entre une Bond girl et Bond lui-même. Bond et Madeleine deviennent le couple le plus glamour de la licence en s'ouvrant enfin entièrement l'un à l'autre. Si Vesper fut celle qui arracha le coeur de notre 007, Madeleine sera celle qui le lui rendra : la boucle est bouclée.

CONCLUSION :

Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga propose avec cette ultime mission un récit inattendu qui va dresser une nouvelle facette toujours plus dramatique et émotionnelle de l'agent britannique le plus connu de tous les temps. Une proposition non pas sans conséquence qui risquera de grandement diviser mais qui a au moins le mérite d'amener une véritable finalité à laquelle je dis un grand OUI. Finalement, la saga James Bond portée par Daniel Craig se dresse durant cinq films comme une grande fresque dramatique amoureuse. Celle d'un homme qui doit retrouver la voie de l'amour, et au bout de l'amour l'ultime repentance :

''Je ne sais où va mon chemin, mais je marche mieux quand ma main serre la sienne.''

Le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur.

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