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Ce sont les histoires d'un mec aux yeux bleus qui s'appelait Nemo...

Avis sur Mr. Nobody

Avatar PFloyd
Critique publiée par le

En ce moment, je me dis que je suis à un carrefour de ma vie. J'ai 24 ans, un chiffre parmi tant d'autres qui ne veut pas dire grand-chose en tant que tel, et bientôt ce sera 25. Avoir 25 ans ça fait un peu peur n'empêche. Est-ce que t'as fait les bons choix dans tes études ? Ta vie professionnelle est réussie ? Est-ce que tu as réussi à te caser avec quelqu'un ? Je veux dire, avoir 24 ou 25 ans, c'est comme être sur une passerelle entre deux immeubles. Derrière toi, t'as la jeunesse, ton adolescence, tes délires, tes déceptions et tes craintes de l'avenir ; devant toi, t'as ce que la société considère comme idéal pour toi - une famille, un accès à la propriété, des animaux de compagnies, une voiture, et j'en passe. Et ta passerelle te fait avancer lentement mais sûrement vers l'avenir. Alors, t'essaies tant bien que mal de revenir sur tes pas, de continuer à t'éclater, mais le corps ne suit plus vraiment ; tu t'éloignes de tes parents - encore heureux, mais comme ton avenir est incertain, tu le crains, le redoutes. Si juste un instant on pouvait fermer ses yeux et s'imaginer cinq, dix, quinze ans en arrière et se poser une simple question : au lieu d'aller à droite, et si j'allais à gauche ?

Mr Nobody, c'est un peu tout ça, condensé en un peu plus de 2 heures 30 de film. J'étais assez réticent à le voir - le matin même, j'avais regardé un autre film conceptuel, Vahlalla Rising, que je n'avais pas trop apprécié ; mais le pitch m'intriguait sérieusement. Qui n'a jamais rêvé de changer son destin ? De se dire "Et si j'avais fais ça, qu'est-ce que ça aurait donne ?" ? Si je suis le seul, donnez-moi du Lexomil et amenez-moi à l'asile, mais j'en doute. D'un sens, c'est normal, le temps file, et on ne s'en rend pas compte. Le temps est une dernière chose que l'Homme ne sait pas maîtriser, et tout ce qui lui échappe lui triture les méninges. Et si l'histoire que l'on me raconte est bien écrite et fluide, il y a toutes les chances pour que je marche.

Et ça n'a pas loupé. Contrairement à L'Effet Papillon, où chaque séquence de la vie du héros était répétée ad nauseum via le même schéma narratif, Mr Nobody est plus interactif dans son histoire. On commence l'histoire par la fin, avec ce vieil homme décrépi qui passe ses derniers jours dans un hôpital bizarre, soigné par un médecin tatoué de partout. Et le film nous présente plusieurs scènes des différentes vies de Nemo, avant de revenir à la source : la naissance. Et le récit se met à avancer, mais dans le bon sens. Dit comme ça, ça a l'air assez confus, mais bizarrement, ça passe plutôt bien. La caméra est fixe, les plans sont certes rapides, mais ils restent lisibles ; et puis, on est quand même intrigué par cet homme aux yeux bleus qui ne semble pas vraiment savoir ce qu'il fait là. Et quand le récit repart, on a droit au noeud central du film : que se passe t-il si Nemo part avec sa mère ou reste avec son père ?

Ces vies parallèles sont assez inégales entre elles, et c'est le premier reproche que je ferais à Mr Nobody. Forcément, toutes les vies ne peuvent pas être aussi fascinantes les unes que les autres, et Van Dormael a essayé de créer des vies assez clichées : le présentateur timide et droit dans ses bottes qui doit se coltiner une dépressive ; un légume qui a tout réussi, mais qui ne se sent pas en vie ; un réparateur un peu hippie qui cherche son premier amour. La première est sympa, mais assez banale ; la deuxième est très bizarre, trop molle au début mais plus rythmée à sa fin ; enfin, la troisième est clairement la meilleure. Car quand Nemo suit sa mère à New-York, il rencontre une fille qui crève l'écran : Juno Temple. Durant les vingt-trente minutes de leur romance adolescente, le film touche au sublime : c'est super bien filmé, les acteurs sont crédibles, et leur amour brûle la pellicule. Sur les films récents, c'est peut-être le plus beau passage romantique qu'il m'ait été donné de voir.

Si la réalisation fait bien son travail, la narration est à l'image des vies : inégale. On touche le sublime à New-York, sinon ça alterne entre le bon et le moyen. Mais je trouve que les dialogues sont mis en valeur par Jared Leto et Toby Regbo (Nemo adulte et à 15 ans), qui dégagent tous les deux une belle énergie. Leto est convaincant en type apeuré par l'avenir qui laisse son destin entre les mains du hasard ; Regbo l'est quand il doit s'occuper de son père et qu'il décide de prendre son avenir en main. Mais bien entendu, la meilleure, c'est Juno Temple qui campe une Anna de 15 ans irrésistible ; quand à Diane Kruger, elle joue bien mais souffre quand même de la comparaison avec sa cadette.

J'ai peut-être surnoté Mr Nobody. Pour un 8, je lui trouve pas mal de faiblesses, comme certaines facilités narratives, certains plans mal ajustés ou des longueurs. Mais bon sang, ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti des sentiments aussi forts en regardant un film - moderne j'entends. C'est loin du ton académique d'un Effet Papillon, ou du pompiérisme d'un Cloud Atlas. Oui, Mr Nobody a des défauts ; mais franchement, qui n'en a pas ? Je préfère retenir du film sa peinture de l'adolescence, le regard de Jared Leto et l'incandescence de Juno Temple. Alea jacta est.

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