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Mulholland Drive par asano

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Après avoir vu Lost Highway (1997), de nombreux spectateurs, fans de Lynch ou non étaient divisés. Les fans purs et durs du réalisateur continuaient de se laisser envoûter par l’univers du réalisateur quitte à ne pas tout saisir à la première vision (ce qui est aussi une richesse), alors que les autres se trouvaient complètement exclus face à cet enchevêtrement de scènes difficilement compréhensibles au premier abord. Total : un échec critique et public (mais pas artistique).

Rassuré par la linéarité et le style conventionnel de l’excellent Une histoire vraie(The straight story- 1999), la presse donnera à Mulholland drive un accueil beaucoup plus favorable. Le public également.
Conçu au départ comme le pilote d’une série télé, Mulholland drive, de part sa qualité exceptionnelle, fût complété par de nouvelles scènes et finalement exploité au cinéma.

Le film qui raconte l’histoire fantasmée puis réelle de deux femmes nouant une liaison sur les hauteurs de Hollywood, est le croisement de toutes les obsessions Lynchiennes. Ici, la rencontre de l’absurde, d’énigmes indéchiffrables, d’allers-retours temporels et d’aberrations métaphysiques est plus que jamais présente.
Certes, Lynch exploite encore la formule pleine de surréalisme qui a fait sa réputation mais il livre avec ce film l’une de ses œuvres les mieux maîtrisées. Sans comprendre immédiatement l’histoire, Lynch parvient à captiver le spectateur dans une débauche de scènes magnifiques. Il parvient à donner du plaisir par la seule magie de l’errance et de la perte de repères.

Encore une fois, l’assistance est appelée à réfléchir et à disserter à l’infini sur le sens de ce film comme cela était le cas sur des œuvres comme Eraserhead (1978), Twin Peaks - fire walk with me (1992) et Lost Highway. Le spectateur devient partie prenante de l’histoire en cherchant à s’identifier et créer ses propres repères face à des personnages qui ne font que disparaître, se dédoubler et se transformer.
Le film est un énorme jeu de piste fondé sur un scénario uniquement pour mieux tricher avec la construction dramaturgique traditionnelle. Cependant, le film une fois apprivoisé devient beaucoup plus linéaire qu’on ne pourrait le penser. La structure se concentre sur le rapport des scènes entre-elles et sur cet « effet miroir » matérialisé par la mystérieuse boite bleue.

D’emblée, le film se place parmi les pièces maîtresses de Lynch. A l’inutile jeu du décryptage, chacun sera libre d’apporter sa pierre à l’édifice. Le film se consacrant vraisemblablement à raconter l’histoire sordide et crue d’un amour tragique entre deux femmes dans sa seconde partie ; la première n’étant que la vision fantasmée et idéalisée de ce même évènement. Que sont-elles devenues ? Le film s’ouvre ainsi sur une relecture idéalisée de ce qui va suivre : une réalité cruelle que l’on souhaitera longtemps être la face imaginaire du récit.

Lynch signe là un nouveau chef-d’œuvre envoûtant et d’une richesse inouie, un film qui redéfinit totalement la structure narrative cinématographique.

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