Mysticisme à la rivière

Avis sur Mystic River

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Clint Eastwood est sans aucun doute l’un des réalisateurs américains les plus marquants des 30 dernières années, avec plus d’une cinquantaine de films dans sa manche, on peut constater que chacun de ses films fait le portrait d’une Amérique, ou plutôt des hommes américains. Dans American Sniper, il montrait le « parfait » citoyen, non sans nuance, de par son embrigadement dans l’armée. Dans Gran Torino, c’était au tour du vieil américain aux valeurs conservatrices qui voyait un monde qu’il connaissait partir peu à peu. Enfin, dans Impitoyable, Eastwood montre les cow-boys sous un nouvel aspect.

Eastwood s’est découvert une passion en la narration de héros oubliés (dans une certaine mesure parfois) des États-Unis. À l’image de son dernier film Le Cas Richard Jewell, faisant le portrait du pauvre gars qui se retrouvait au mauvais endroit au mauvais moment qu’on a voulu faire passer pour un bouc-émissaire.

Cependant, dans Mystic River, il n’y a pas de héros. Le film nous raconte l’histoire de 3 hommes de la banlieue de Boston, tous traumatisés à leur façon, par l’enlèvement de l’un d’eux alors qu’ils n’étaient qu’enfants. L’enlèvement, qui est la scène d’introduction, impose déjà le ton noir du film. Rare sont les fois où j’ai ressenti une telle tension au cinéma. En l’espace de quelques minutes, notre cœur est mis à rude épreuve. Et à ce cœur, notre cher Clint ne lui laissera que très peu de seconde de répit.

Donc oui, vous l’aurez sûrement devinés, il ne faut pas voir Mystic River le soir de votre rupture un jour de pluie. Chaque histoire des 3 protagonistes se déploie tout au long de l’intrigue, dans un quasi film chorale.

D’une part, l’histoire de Jimmy (Sean Penn). Ancien criminel reconverti en humble épicier qui sera anéanti par le meurtre de sa propre fille. Il décide de trouver l’assassin de son enfant de son côté puisque la police n’avance pas dans l’enquête. Alors forcément les anciennes mauvaises habitudes refont surface et avec elles, leurs démons.

D’une autre part, l’histoire de Sean (Kevin Bacon) devenu flic (sûrement dans l’espoir de pouvoir empêcher d’autres enlèvements) essaie tant bien que mal de gérer sa vie sentimentale désastreuse et dans le même temps de trouver le meurtrier de la fille de son ancien ami.

Et enfin, l’histoire de Dave (Tim Robbins) un ouvrier traumatisé qui n’aura pas eu le droit à une enfance normale. Il sera peu à peu suspecté d’être en rapport avec le meurtre.

Mystic River, c’est peut-être avant tout un long-métrage sur la haine des humains. La plupart des erreurs des personnages dans le film résulte d’un manque de communication criant entre eux. Ce manque de communication est même littéralement représenté par la femme de Sean, qui l’appelle sans arrêt sans jamais prononcer un seul mot.

Et quand on est aveuglé par la colère, on fait des choses impardonnables. Parfois on les fait sans même en connaître la raison. Parfois c’est un refuge pour ne pas y voir sa propre tristesse, pour ne pas laisser paraître un visage moins viril, moins codifié, moins américain finalement.

Selon moi, c’est la meilleure réalisation d’Eastwood, magnifiée par une photographie impeccable renforçant la froideur du récit. Comme je l’ai dis plus tôt, le long-métrage a un rythme exceptionnel. Le montage se révèle très pertinent quand il faut montrer plusieurs histoires en même temps. En 2h20, Mystic River arrive à capter l’attention du spectateur sans en gaspiller la moindre petite seconde.

Un thriller dramatique qui bouleverse par sa dimension réaliste. Puissant, impressionnant et magnifiquement bien interprété, le tout est baigné d’une profonde mélancolie qui ne peut laisser personne indifférent.

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