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Avis sur N.W.A - Straight Outta Compton

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Cette courte préface, prononcée par Eazy-E en guise d'introduction au premier album de N.W.A., sert également de lancement au biopic sur son trio de tête, Eazy-E, Ice Cube et Dr. Dre. A la manière de Boyz'n the Hood et de son premier plan sur un panneau STOP, Straight Outta Compton plonge le spectateur dans son univers par le biais d'un avertissement. Pour autant, bien que tout porte à y croire, le film de Gary Gray n'est pas un hood movie (genre donné au film se déroulant dans un ghetto) à contrario de celui de Singleton. Au risque d'en décevoir certain (ça a été mon cas), seules les 30 premières minutes sont consacrées à Compton, lieu où naquit le groupe mais aussi quelques gangs sympathiques (les Blood et les Crips pour ne citer qu'eux). Par manque de temps, le long-métrage survole quasiment son origin story, écrasée par son ambition folle de raconter l'émergence d'un groupe, puis d'un mouvement mais également une décennie de l'Histoire américaine. Pour comprendre l'essence d'une mentalité issue des conditions de vie des ghettos, il est donc nécessaire pour le spectateur de ne pas partir la caboche vide de toutes informations, que ce soit pour faciliter la compréhension d’éléments visuels (les fringues noires du groupe, plus que classes, sont surtout un moyen de ne pas se faire plomber bêtement en signalant sa non-appartenance à un gang) ou tout simplement pour comprendre les personnages et la rage qui les anime.

Cependant, malgré sa trop grande rapidité, cette introduction va voir éclore un rapprochement assez audacieux entre l'impitoyable univers du ghetto et un autre tout autant pute : celui de l'industrie musicale. Prenez la violence physique du premier, ajoutez-y une série de coups bas bien vicieux, et vous obtenez le deuxième. Un mélange de ce qui se fait de pire dans les ghettos et dans l'hypocrite Amérique puritaine qui aura raison de l'un des plus grands et influents groupe de rap américain. C'est par l'utilisation en filigrane d'une ambiance musicale similaire entre les deux périodes du biopic que F. Gary Gray va souligner cet intelligent parallèle.

Car sans aucune surprise, Straight Outta Compton brille particulièrement par son travail sonore. Disposant déjà d'une base de morceaux de tueur, celle de N.W.A., le film s'offre également des bribes de Funkadelic, Run DMC et de Tears for Fears (cherchez l’intrus) ainsi que deux pauvres morceaux issus de la soi-disant bande originale de Dr. Dre, intitulée sobrement Compton. Parfaitement incorporées au sein du film et mixées à en faire exploser son slip, ces musiques dynamitent le long-métrage au rythme endiablé, ce qui en fait clairement sa force, mais aussi l'une de ses plus grandes faiblesses.

A vouloir toucher à tout, Straight Outta Compton finit par ne plus parler de rien. Déjà contraint de bouder Arabian Prince, DJ Yella et MC Ren du biopic pour réduire sa vision au trio majeur du groupe, le film peine, malgré ça, à se focaliser sur un panel réduit de thématiques. La faute revient à un choix narratif de raconter l'Histoire américaine à travers le regard des membres du groupes
(Forrest Gump's style) contraignant en plus de désamorcer la tension et la colère que certains incidents ont déclenché (le passage à tabac de Rodney King).

En revanche, ce parti pris permet bien évidemment un sentiment de proximité et d'empathie avec Eazy-E, Ice Cube et Dr. Dre, aidé par de solides interprétations. La teneur du rôle d'Eric Wright permettant à Jason Mitchell de tout de même tirer son épingle du jeu par rapport à O'Shea Jackson Jr. et Corey Hawkins (dit comme ça, c'est assez horrible...).

Le caractère des différents personnages n'en restent pas moins légèrement corrompus dû à la présence d'Ice Cube, du Doc et de Tomica Wright (veuve d'Eazy-E) à la production. Clairement trop hollywoodien et propre, le film s'enlise fréquemment dans un manichéisme effarant, aux antipodes du gangsta rap malgré quelques tares mis en avant (pas étonnant que Yella ait fini dans le porno...). Pourtant, si les membres du groupe n'avaient rien d'enfants de chœurs, il demeurait inutile d'en souligner au point de vider son encre des bonnes actions voire d'en inventer. Quitte à glorifier le groupe, pourquoi ne pas avoir évoquer sa contribution au morceau We're All in the Same Gang sorti en 1990 (morceau incitant au pacifisme entre gang)  par exemple ?

On ne peut s'empêcher de reprocher une sur-dramatisation de ce biopic, surtout lors de la séquence où Dre apprend une terrible nouvelle au téléphone, à la frontière du grotesque. L'émotion gagne par la suite en équilibre notamment vers le final, très poignant, qui voit Eric Wright décédé du Sida.
Dr. Dre et Ice Cube montrent alors un semblant de modestie en s'effaçant derrière le destin tragique de leur ami. Parce que Straight Outta Compton est aussi et surtout un hommage à l'artiste qu'était Eazy-E et à l'empreinte qu'il a laissé avec son groupe et dont le générique final, classique mais cohérent dans la démarche, montre toute l'ampleur.

Au départ simplement destiné à la jeunesse afro-américaine des ghettos, le gangsta rap est finalement parvenu à sortir de son carcan pour toucher un public bien plus divers. Une cinquantaine de personnes m'entouraient dans la salle (j'étais au milieu du milieu), des mecs, des meufs, des vieux, des mi-vieux (ou des mi-jeunes... On va pas les vexer), des jeunes, des thugs, des intellos, des couples et toujours ce même son lors de la séance. Celui du silence.
Preuve que Straight Outta Compton (le biopic) a tout de même réussi son coup. Populariser un peu plus son rap et sa culture.

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