Quand l'Abel Gance se fait des noeuds

Avis sur Napoléon

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Plonger, comme je le fis, dans les cinq heures -et quelques- de ce si célèbre Napoléon, sans aucune information préalable, est un exercice singulier.
Je savais simplement qu'il s'agissait du parti pris affirmé de son auteur, qui avait voulu donner une version française au "naissance d'une nation" de Griffith.
Autant dire pas grand chose.

Alors voilà, cinq heures et quart, hein, quand même, on s'installe bien confortablement, on prévoit les étapes, le ravitaillement, les quolibets familiaux, les bonbons pour tenir éveillé et pourquoi, quelques litres de rosé parce qu'en plus, l'exploit, on le tente en pleine canicule.

Ça commence par l'éternel épisode du trauma infantile (au cours duquel on ne peut s'empêcher de penser que décidément, avoir été petit et teigneux mène souvent aux plus grandes destinées), le Napoléon jeune ne manque pas de présence et les épisodes édifiants s'enchainent non sans un plaisir certain.

Bientôt, on se dit même chouette ! Même si Abel se badigeonne de grandiloquence historique (le prof qui dessine l'ile de Saint Hélène au tableau, l'aigle qui vient se poser sur le canon, les rencontres qui revêtent tous les oripeaux flamboyant du destin, avec un énorme D…), les séquences s'enchaînent avec suffisamment de maitrise, de beauté et d'inventions de mise en scène pour que le moment soit plus qu'agréable: jubilatoire.
Certains plans sont confondant de modernité (la poursuite d'Arwen par les Nazguls, Peter, c'est une citation, hein ? Tu rendais hommage, à Gance, c'est ça?), d'audace de montage, et de beauté foudroyante de cadrage et d'atmosphère. Un must.

Et donc, joie, on se dit: en plus de ce grand moment de cinéma, je vais pouvoir réviser un à un tous les chapitres de ce moment fort de l'histoire de notre pays, jusqu'à son terme !
Et ben non.
Du tout.

Rupture de thon

D'une manière TOTALEMENT incompréhensible, Gance se désintéresse soudainement et complètement de son sujet au moment où commence la seconde époque (après 3 heures de récit, donc).
C'est à dire que non seulement nous ne suivons plus l'ascension politique et militaire du futur boucher continental, mais encore allons-nous bientôt comprendre que nous n'irons pas jusqu'au bout de cette histoire.
Car c'est un beau paradoxe que de se dire, au fur et à mesure de l'avancement d'un film de 5h15, que nous n'aurons pas le temps de tout voir.

Le film ne parle plus alors que des amours entre Napo et Joséphine (qui, à part un regard piquant, ne présente aucune particularité physique propre à la rendre désirable) dans une romance un peu béate, redondante et, pourquoi le taire, assez rébarbative. Pire, nous quitterons Bonaparte après la campagne d'Italie, soit très tôt dans les aventures bellicistes du corse.

Alors on aura beau me dire que Gance avait prévu de réaliser d'autres films sur son sujet (et aura partiellement accompli ce souhait, dans de bien moins opulentes conditions financières), cette fin en eau de boudin (corse) est singulièrement frustrante.

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