Psychologie nationale

Avis sur Né un 4 juillet

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Je n'attendais pas grand-chose de ce film à mauvaise réputation, porté par Tom Cruise et son image terne et réalisé par Oliver Stone qui, après avoir commencé sa carrière avec Platoon, a enquillé les navets tel que L'enfer du dimanche ou World trade center.

Le film s'annonce très patriotique : sur l'affiche, le drapeau américain se reflète sur le glabre visage d'un soldatesque Tom Cruise, et les premières minutes semblent consacrer cette iconographie ; on nous plonge dans une Amérique sûre d'elle et de son modèle, dans la fièvre des sixties, de l'American Way of Life incontesté. Nous sommes plongés dans le quotidien typique de Ron Kovic, dans une famille américaine moyenne, conservatrice et religieuse. Imbibé des valeurs familiales et nationales, Ron compte bien perpétuer la tradition et partir à la guerre combattre le communisme comme ses pères ont combattu le nazisme vingt ans plus tôt. Il reviendra estropié et impotent et commencera ensuite une longue remise en question.

Ron est le personnage qui permet à Stone de dresser le portrait subtil de la division politique de l'Amérique de ces années là : d'un côté une Amérique conservatrice et religieuse, sûre de ses valeurs et de la nécessité de la guerre du Vietnam pour le bien et l'avenir de la nation. De l'autre, une contre-culture grouillante de chevelus pacifistes, inspirés par le féminisme et la négritude, qui prêche l'arrêt de la guerre. Ces deux mondes paraissent irréconciliables tant ils ne parlent pas du tout la même langue et c'est ce que Stone parvient à bien nous montrer, par le personnage de Ron Kovic qui va passer d'une famille à l'autre. Kovic est tout d'abord arcbouté sur son incompréhension, répétant jusqu'à l'épuisement « love it or leave it » : tu aimes ce pays ou tu le quittes. Les symboles vexatoires d'en face le braquent encore plus (le drapeau brûlé). Il deviendra transfuge en ressentant dans sa chair les contradictions du modèle qu'il a aveuglément épousé. La scène de colère nocturne contre la mère, sorte de révélation, et de révolte contre le modèle parental est à mon sens le point central et le sommet du film. Stone nous présente un long chemin de croix, un cheminement réfléchi, réaliste dans le portrait qui est fait de l'évolution idéologique d'un personnage. Et ce processus n'est pas caricaturalement mis en scène : le personnage lit « A l'ouest rien de nouveau » de Erich Maria Remarque, il écrit ses mémoires, passant ainsi par toutes les lentes phases d'une introspection indispensable, mais Stone ne nous montre pas ce processus lourdement, il le place toujours au coin de l'image, à la lisière d'une scène. Collectivement aussi, le portrait a du sens : le mouvement pacifiste est longuement sous-terrain, avant de parvenir à s'imposer politiquement et à s'institutionnaliser au sein du parti démocrate.

Ainsi, le sujet du film n'est pas la guerre du Vietnam sur le terrain mais plutôt, un peu comme dans Deer Hunter, la guerre du Vietnam vécue aux états unis et chez les citoyens états-uniens. L'épisode de la clinique nous montre les conditions déplorables d'hospitalisation des vétérans, et par là, le mépris du gouvernement à leur égard. De manière encore très subtile, le réalisateur souligne également l'ambiguité des regards portés par les américains sur les vétérans, la gêne révélatrice du malaise national... C'est pour toutes ces raisons que j'ai du mal à voir en Born on the 4 of july un film simplement « antimilitariste » comme on le décrit souvent. Il ne s'agit pas de dénoncer le mal de « la » guerre, mais de « cette » guerre. On nous montre bien que la guerre du Vietnam n'a rien à voir avec les deux premières guerres mondiales, en mettant face à face des fils perdus et des pères sûrs de leur filiation guerrière (guerre d'indépendance, de sécession, première et deuxième guerre mondiale)

Le film n'atteindrait pas ce niveau sans Tom Cruise, c'est surprenant, aujourd'hui, de le dire. L'acteur donne une réelle profondeur à son personnage.

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