Roegueux

Avis sur Ne vous retournez pas

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Les Baxter, charmant couple anglais, perdent leur petite fille, qui se noie dans l'étang de leur demeure. Loin de bouder l'eau mais profondément affecté, le couple s'installe à Venise, où il rencontre deux soeurs anglaises, dont l'une est aveugle et médium. Elle leur prédit le malheur...

"Ne vous retournez pas" prend de suite à la gorge, par une mise en scène astucieuse dès les premières images. Le montage parfaitement oppressant, les jeux d'ombres et de couleurs témoignent d'un gros travail de préparation, et ont le mérite d'intriguer le spectateur.

Au point où la grande majorité du film, entre l'introduction et la dernière scène, peut se contenter de dérouler une Venise moite, labyrinthique, en lâchant avec parcimonie les ficelles d'un scénario plus complexe qu'il n'y parait (le don du mari, la présence importante du rouge, le nain, les meurtres). Le tout porté admirablement par une BO discrète et le jeu ambigu de Donald Sutherland.

Pourtant, dans la sobriété des plans, du manque de dialogue et même dans le cru de la scène de sexe, Nicolas Roeg tisse une tension rare, qui finit par rendre irrespirable le moindre recoin d'ombre, la moindre bande de brume au dessus de l'eau. Dans ce dédale vénitien où rode le mal, chaque pas semble moins assuré que le précédent.

Jusqu'à cette scène finale, celle de l'emballement, où l'aliénation se transforme en panique, où les prophéties prennent vies. "Ne vous retournez pas" parvient encore à passer un cap dans le retors, l'angoissant. De retour le montage au cordeau, cette fois dans des plans resserrés. Le piège se referme brutalement dans le vacarme des cris et de l'étrange brouillard de ce palais sans forme, sans issue. Dans son dernier plan, Roeg montre enfin le visage de la folie et le sang sans fard. Peut-être un des meilleurs thrillers jamais tourné.

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