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Nemesis

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Je me demande encore pourquoi Nemesis n'est pas exploité en salle tant le grand écran lui va bien. Il y a un public pour les films fantastiques indépendants, et c'est dommage de couper le public de ce pan de la production cinématographique française.

Sam est un commis-voyageur, une de ces figures très présente dans la fiction américaine, erre dans le désert californien à la recherche de client, la même émission tournant en boucle sur son autoradio. Il pense être seul, mais il se trompe et les rares être qui l'entourent en silence ne sont pas forcement bienveillants.

En quelques mots, voilà les forces et les faiblesse de ce film fantastique franco-américain, premier long métrage de Christophe Deroo.
Il s'agit d'une très bonne surprise de cinéma avec sa capacité à créer une ambiance et une tension qui rappelle tout de suite les meilleurs du genre. Il y a le désert écorché par le soleil, le motel paumé et cet air hors du temps avec des téléphones à roulette et des bipeurs. La photographie est soignée et la faiblesse du budget a obligé l'équipe à aller chercher des idées de mise en scène pour faire des économies. Cela donne des moments très inspiré nés de la simplicité d'une lumière posée judicieusement ou d'un coup d'étalonnage. De fait, Deroo fait preuve d'une vraie maitrise formelle dans le rythme de son montage, capable de créer de vrais moments de tensions.

Car Nemesis n'est qu'un cauchemar éveillé qui étreint son personnage du début à la fin. Si sur la forme il y a quelque chose de visuellement impactant, le manque de fond nous fait toucher rapidement les limites de son histoire.

C'est là la grande faiblesse du film : l'absence d'antagoniste autrement que comme menace silencieuse est une vraie frein à la satisfaction. Que sont ces antagonistes ? Une radio et ses auditeurs, des gens avec des masques qui n'échangent jamais avec Sam et qui cherchent à l'abattre.
Si manquer de définir Sam, son errance et ses petits « Sam was here » semé pendant ses pérégrinations est une bonne idée (qui il est, depuis combien de temps il erre, quelle confiance on peut lui accorder), l'absence de contrepoint semble vouloir juste rendre l'histoire kafkaïenne − l'allusion au Procès est d'ailleurs transparente, et c'est en cela que le scénario échoue.

Sans autre personnage, le spectateur ne voit qu'un personnage tenter de plaider sa cause en
commettant des actes immoraux pour se sauver lui-même.

Nemesis en devient en fait assez frustrant à posteriori car malgré ses nombreux niveaux de lectures et interprétations possible, il manque sans doute au film un bon quart d'heure de confrontation tant la fin du film semble expédiée. Deroo semble avoir renoncé au milieu du gué.

Cela dit ne boudons pas notre plaisir : cela reste un film fantastique qui comblera les amateurs du genre ; quelque chose de trop rare dans les sorties de cinéma.

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