La mort en direct

Avis sur Network - Main basse sur la TV

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Cinéaste majeur s'effaçant humblement derrière les sujets qu'il porte à l'écran Sidney Lumet réalise en 1976 Network, chef d'oeuvre d'intelligence en forme de politique-fiction satirique et visionnaire in fine. En mettant en images l'implacable scénario du génial Paddy Chayefsky Lumet s'attèle à diriger de main de maître son éminent long métrage qui, malgré sa longueur et son caractère un tantinet bavard, évite admirablement le remplissage et la vacuité stylistique.

Critique acerbe de l'univers du prime-time et du tout-télévisuel Network arbore une humeur trouble et fascinante, nous présentant un microcosme faisant du show TV une expérience pratiquement mystique voire prophétique, transformant son commerce en véritable religion mâtinée de sensationnalisme. Si l'atmosphère générale fait beaucoup penser au cinéma de Alan Pakula et à ses longues séquences dialoguées il est presque impossible de ne pas évoquer l'intriguant Fric et Foi de Werner Herzog au regard du film de Sidney Lumet, tant les deux oeuvres partagent des similitudes dans les thématiques abordées...

A noter, au travers du parcours du pathétique personnage de Howard Beale ( présentateur fantoche évincé du plateau, présumé suicidé par l'hégémonie de l'indice d'écoute puis finalement instrumentalisé par le personnage joué par l'extraordinaire Faye Dunaway, véritable garce et redoutable aristocrate du petit écran ) la remarquable et méticuleuse reconstitution de tout un monde fait de cynisme et d'idéaux prostitués qui suggère - à l'instar du chef d'oeuvre Un après-midi de Chien - l'influence notoire des médias sur un ensemble donné. De la même façon que le jeune braqueur incarné par Al Pacino dans le film sus-cité Howard Beale harangue les foules au point d'en soustraire le discernement et d'en extraire l'hystérie groupale.

En mettant en scène ses propres rouages la télévision de Network manipule sa pièce centrale ( Howard Beale ), cette dernière étant amenée à reproduire éternellement son propre suicide, provoquant l'oubli des téléspectateurs et la montée en flèche de l'audimat. Un film pour le moins lucide et pessimiste, que seule la figure incarnée par William Holden éclaire par son humanité bafouée. Du très grand cinéma.

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