Voici l'histoire d'Howard Beale "le premier homme qui a été tué parce que son audimat était médiocre

Avis sur Network - Main basse sur la TV

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Cinq ans après avoir signé le scénario de L'hôpital (1971) de Arthur Hiller, qui lui valut son deuxième Oscar pour le meilleur scénario original, après Marty (1955) de Delbert Mann, l'année 1976 marquait le retour de Paddy Chayefsky avec le long métrage intitulé Network. D'un récit se faisant fort de critiquer l'importance du petit écran, le film réalisé par Sidney Lumet provoqua à l'époque une véritable onde de choc dans les médias aux États-Unis. Peinture corrosive du quotidien d'une chaine de télévision, le long métrage prenait la forme d'un réquisitoire sans concession.

Fruit de l'angoisse, de l'anxiété et de la paranoïa (n'en rajoutez plus) de Paddy Chayefsky, Network ne s'embarrasse pas de demi-teintes. Du ressentiment de l'ancien scénariste qui fit ses débuts durant l'âge d'or de la télévision US, au cours des années 50, Chayefsky livre ici un concentré de colère, sinon d'aigreur, où sont visés la course à l'audimat et le pouvoir corrupteur du petit écran. Satire envers l'industrie télévisuelle, Network se distingue, enfin, on l'aura compris, à la lecture de son synopsis, par son humour grinçant.

"Si quelqu'un peut contempler cet abattoir dégénéré qu'est le monde, et dire que l'homme est noble croyez-moi, cet homme-là déconne". Au lendemain de son annonce, Howard Beale pète les plombs, et se lance dans une diatribe, première d'une longue série qui deviendra le produit d'appel d'un programme phare imaginé par la brillante et ambitieuse Diana Christensen, nouvelle directrice de l'information, anciennement en charge de la grille des programmes du réseau UBS. "Je suis en colère et je ne vais plus accepter ça". Devenu le "prophète en colère des ondes", Beale fulmine chaque soir, du lundi au vendredi, contre les hypocrisies de son époque, son show crevant le plafond de l'audimat.

Film à charge contre les futurs excès de la production télévisuelle, le scénario de Chayefsky reste, quatre décennies après sa sortie, d'une brûlante actualité tant celui-ci pointe les maux de la télévision moderne. Créatrice d'une émission intitulée L'Heure Mao Tsé-toung, Christensen invente une série basée sur des faits authentiques de terrorisme filmés et "pris sur le vif", inspirée par l'attaque de la Bank of Arizona par l'Armée œcuménique de libération quelques temps plus tôt. De la réalité à la fiction, le concept de télé-réalité vient de naitre. Prophétisant l'avènement de l'infodivertissement et des chaines d'information type Fox News, Network, sous couvert de verser dans la farce, dresse un constat glaçant, exaspérant, le mot est faible, et égratignant les journalistes et la représentation caricaturale de leur univers.

Dernière accusation de Chayefsky, le récit dénonce les sociétés qui contrôlent désormais les conglomérats médiatiques américains, à l'image de la Communications Corporation of America (CCA), nouveau propriétaire d'UBS. "Nous ne vivons plus dans un monde fait de nations et d'idéologies. Le monde est un corps de sociétés... inexorablement régi par les lois immuables des affaires " indique Arthur Jensen (Ned Beatty) à un Howard Beale médusé, futur porte-parole de cette pensée néo-libérale. D'un Chayefsky se servant d'un média de masse pour en accuser un autre, en omettant que la majeure partie des majors hollywoodiennes, dont la MGM et United Artists coproducteurs du long métrage, furent également rachetées au cours de la décennie précédente par des conglomérats et autres holdings, le film laisse dès lors libre court à sa paranoïa en ciblant, pêle-mêle, la malédiction des investissements étrangers (saoudiens) dans l'économie US, l'infériorité des journaux télévisés par rapport à la presse écrite, la récupération et l'inefficience des révolutions, etc.

D'un tournage débuté en janvier 1976, la mise en scène de Sidney Lumet est aussi discrète qu'efficace, le réalisateur de Serpico filmant au plus près ces protagonistes. Adoptant un style proche du documentaire, Lumet fait du spectateur le témoin privilégié de l'incident initial qui occupe le rôle de détonateur, et de lien entre les différents personnages de l'histoire. D'une première partie centrée sur Peter Finch, le récit se concentre par la suite davantage autour de Max Schumacher (William Holden), ancien directeur de l'information d'UBS et ami de Finch, quinquagénaire au bord de la rupture, qui se jette, sans espoir, dans une "passion de vieillesse", abandonnant épouse et foyer, la folie du début du cédant sa place à la désillusion et à l'amertume.

Satire prophétique, pamphlet cruel, critique féroce de la télévision marquée par les dialogues de Chayefsky et l'interprétation incisive de ses acteurs (dont un Oscar pour Peter Finch et Faye Dunaway), Network est à (re)découvrir.

"C'était l'histoire d'Howard Beale, le premier homme qui a été tué parce que son audimat était médiocre."

http://www.therockyhorrorcriticshow.com/2019/04/network-main-basse-sur-la-tv-sidney.html

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