2020, les Mayas l'avaient prédit

Avis sur Never Grow Old

Avatar Massil Nanouche
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Un nouveau courant du western a vu le jour ces dernières années. On peut en réalité parler d'un retour du western crépusculaire. Cela dit, si on replace ce genre dans notre époque, ce genre crépusculaire se mélange avec le monde moderne post 11 septembre. Il demeure des films sinistres de réalisme, dans leurs propos, encore d'actualité comme L'homme qui tua Liberty Valence de John Ford ou L'homme des hautes plaines de Clint Eastwood pour ne citer qu'eux. Mais depuis le dernier grand représentant du genre, Impitoyable de Clint Eastwood, le monde a changé. Le genre crépusculaire reste le même dans le fond, mais prend une dimension pessimiste nouvelle dont Never Grow old est un digne représentant.

Brimstone, Hostiles, Sweetwater, The salvation, L'assassinat de Jessie James par un titre beaucoup trop long que j'aurais largement pu écrire si seulement je n'avais pas salement dévié de mon sujet ... font partie de ce retour en force vers la réflexion. Des réalisateurs dressants le portait d'une Amérique malade, contradictoire et hermétique. Never grow old poursuit cette réflexion avec beaucoup de justesse. Le mal engendre le mal, la cupidité la haine et la déraison. Dans ces brides du vieux ouest est dépeint l’Amérique d'aujourd'hui, pour ne pas dire le monde par bien des idées. Une amer réalité qui fait froid dans le dos. D'autant qu'ici, Ivan Kavanagh choisit délibérément de raconter son histoire dans la pénombre où seules des silhouettes menaçantes et des visages éclairés par les feux de camps font naître une tension de tous les instants.

Bien que ce western ne dégage pas la puissance féroce du Hostiles de Scott Cooper (meilleur western des 10 dernières années), c'est cette tension palpable qui nourrit le film et lui donne une qualité certaine. Son histoire classique, un jeune père de famille opportuniste en quête d'avenir fait la rencontre d'une chasseur de prime sans foi ni loi, passionne par des scènes qui tiennent en haleine tout du long. L'introduction du personnage de Dutch Albert est un des ces moments où le temps s’arrête, les yeux rivés sur une homme charismatique qui peut exploser à tout instant. Que peut faire un jeune homme sans histoire qui du jour au lendemain n'a pas d'autres choix que de se faire dévorer par l'imposante personnalité d'une homme que l'on devine en une fraction de seconde immorale et où des crimes en tous genres sont inscrits sur son visage.

Si les personnages sont réussit, bien que caricaturaux dans leur personnalité, les comédiens les rendent crédibles. John Cusack méconnaissable dans son introduction réussit à retenir toute l'attention. Une belle prestation comme il n'en avait pas livré depuis très longtemps, à une époque où l'Amérique pensait qu'on ne pouvait pas faire plus insolite qu'un président au passé de comédien. Qu'à cela ne tienne, il nourrit son personnage avec des expressions glaçantes qu'Emile Hirsch ne peut que subir. Deborah François pour son premier rôle totalement en langue anglaise ne démérite pas.

Il peut paraître regrettable qu'un personnage comme celui de Emile Hirsch subisse beaucoup les événements d'une bonne partie du film. Cela le rendrait presque passif, monotone et peu intéressant. Mais si on creuse plus en profondeur, ce croque-mort de profession est un parfait spécimen de ce pays des contradictions. Vivre honnêtement et profiter d'une opportunité malsaine qui pourrait pousser à reconsidérer toutes question de moralité dans un monde du chacun pour soi. Le spectateur l'observe, le comprend sans le comprendre, voudrait qu'il agisse, mais sans prendre les risques inconsidérés face à son briseur d'avenir. Toute la dualité qui se dégage de ce seul personnage tend également à rendre le film passionnant, à défaut d'être original. Et confronter sa propre dualité à celle qui l'oppose à son sauveur/oppresseur renforce l’intérêt de ce western.

Des films comme on aimerait en voir plus souvent. Du moins pour décompresser de cette orgie incandescente et parfois indécente de super-héros, de fin du monde au moindre pet de mouche, de galaxie lointaine très très lointaine, ...

Never grow old jouit d'une réalisation aux choix radicaux et efficaces. Sa froideur et sa lumière latente ne font que renforcer l'impression de dangers et de drames imminents. Seule sa narration pêche véritablement. En effet, pour l'histoire racontée, il aurait été plus percutant de prendre plus de temps pour installer les choses et les faire ensuite exploser. Cette ellipse du cataclysmique et redouté carton "un mois plus tard", annonciateur des plus sombres prophéties faisant s'exciter les plus fervents défenseurs des récits bien construits, fait une peu tâche. Cela dit, ce drame arrivant assez tôt, un esprit gavé aux médicaments chimiques aura vite fait de laisser couler et de profiter de ce que le film a à lui offrir.

Certains y verront une histoire classique fait de clichés, parfois prévisible il est vrai. Avec en plus un personnage de prédicateur maladroitement exploité et un film allant trop vite en besogne. Ça serait passer à côté de tout ce qu'il raconte sur le monde d'aujourd'hui. Sans être une réussite totale, Never grow old, n'en demeure pas moins un film convaincant et une belle proposition de cinéma.

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