Farce Cruelle

Avis sur Night Call

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Ça y est, le voilà, le tant attendu et acclamé premier film de Dan Gilroy, petit événement, malgré les mastodontes que sont Interstellar, Hunger Games, Le Hobbit ou encore Exodus, j'ai nommé : Night Ca... Ouais, non ça va pas le faire. J'ai beau me dire que ce n'est pas si grave, que tout le monde en a déjà fait des tonnes et qu'il est inutile de tirer sur l'ambulance en panne d'essence en feu, notre titre français est quand même sacrément merdique... A un tel point que je me sens, moi-même, obliger de le signaler. La dernière fois et la seule fois où j'avais dû passer un coup de gueule concernant un titre c'était pour American Hustle (aka American Bluff chez nous). Metropolitan, en changeant le titre, laissait l'impression de prendre son spectateur pour un débile, incapable (de pouvoir le prononcer et) de faire l'affiliation entre le titre original et ce que racontait le film. Mais au moins, avec « Bluff », il y avait toujours un rapport avec le long-métrage de David O'Russell.

Bon comme depuis ma critique d'American Blu... Hustle j'ai gagné en maturité, je vais tâcher de tempérer mon énervement afin de ne pas... Oh et puis merde. Sérieusement, QUI EST L'ENFOIRE RESPONSABLE DE CE TITRE NIGHT CALL ? Non, parce que je vais venir le saluer à la De Niro des Incorruptibles ce con. Et si c'est tout Paramount France qui doit goûter à la batte, ça me gêne pas non plus, non parce que plus on est de fous, plus je ris, parce que faut être sacrément timbré pour donner un tel titre à Nightcrawler. Franchement, je pense qu'il s'agit de l'une des traductions les plus véreuses et mauvaises qu'il m'ait été donné de voir à ce jour. Surfer sur le succès de Drive et du désormais culte « Nightcall » de Kavinsky pour assurer une possible belle rentrée d'argent, c'est sacrément opportuniste comme idée marketing (surtout que les deux films n'ont finalement que très peu en commun).
Ah et ça veut dire quoi Night Call ? Garde de nuit... Hum hum... Et c'est quoi le rapport avec le film putain ?!? Non parce que, comme garde nuit, Lou Bloom, ce serait pas le plus fiable d'entre tous je pense... Mais Nightcrawler ? Déjà, comme titre ça claque (Night Call aussi remarque... Mais chut, faut pas dire), et en plus c'est vachement bien trouvé, en parfaite concordance avec l'idée que l'on se fait de Lou Bloom, un ver de terre rôdant dans les rues de Los Angeles à la recherche d'accidents en tout genre.
Enfin, tout n'est pas à jeter non plus dans ce titre, il y a bien une chose que ce dernier partage avec le personnage principal : sa malhonnêteté.

Mais Louis Bloom est bien plus que malhonnête, sociopathe, misanthrope, sarcastique ou extrêmement intelligent (alors, non, je ne suis pas Louis Bloom), c'est un produit issu de son environnement (comme le disait si bien Gyllenhaal en interview). Quelqu'un de très froid car habitué et nourri par cette trash TV toujours plus immorale et déplacée à laquelle le spectateur semble être intoxiquer et dépendant. Telle une drogue, la demande de ce dernier ne cesse d'augmenter ce à quoi répondent décemment les journalistes (ça me troue le cul que l'on puisse les qualifier de la sorte...) en balançant des images toujours plus malsaines. C'est ainsi qu'est monté Nightcrawler, en commençant doucement, par des faits divers plus ou moins anodins pour progressivement faire monter la tension et le morbide des situations jusqu'au climax final, impressionnant, où enfin le film, après quelques facilités scénaristiques, atteint le summum de la satire cruelle et grinçante que l'on était en droit d'attendre.
Ces 30 dernières minutes (voire le film entier en fait...), aussi diablement bien écrites que les dialogues du long-métrage, semble avoir spécialement été créée pour Jake Gyllenhaal, fou furieux assez imprévisible, à l'apparence calme mais dont les yeux exorbités ne peuvent que cacher quelques problèmes affectifs. L'Oscar, peut-être pas (le film est loin de rentrer dans les standards de ce genre de cérémonie), mais toute ma considération, et c'est déjà très bien (ou pas...), pour Jake Gyllenhaal.

Avec McConaughey, il s'agit sûrement de l'acteur m'ayant le plus marqué cette année. Et pourtant, si l'oscarisé pour Dallas Buyers Club a enchaîné les prestations marquantes en cette très belle année cinématographique 2014, le deuxième n'a joué « que » dans deux films : Enemy et ce Nightcrawler.
Mais bon Dieu ce qu'il impressionne à chaque fois ! Et mon second visionnage de Prisoners m'a confirmé cette impression : Gyllenhaal est grand ! Un acteur caméléon qui semble donner de sa personne dans chacun de ses films même quand celui-ci est l'adaptation plus ou moins ratée (plus moins que plus) d'une saga vidéo-ludique. Un géant, qui, ici, écrase tout sur son passage de par sa présence, à commencer par le casting, dont certains donnant même l'impression de lui donner la réplique juste pour continuer à assister à cette aisance ainsi qu'à ce phrasé extraordinaire (les dialogues, putain !!!) notamment lors de la scène du resto mexicain où Rene Russo semble aussi abasourdie que le spectateur par l'acteur californien.

Pour l'occasion, Jake Gyllenhaal retrouve sa ville natale de Los Angeles (en fait, ça se trouve, il crèche également là-bas donc ce sont pas du tout des retrouvailles mais c'était juste pour la transition tu vois), sublimée ici par le fantastique travail sur la lumière de Robert Elswit et du chef décorateur mais malheureusement affadit par une mise en scène sans inspiration de Dan Gilroy qui fait une entrée timide dans la réalisation. Quelques bonnes idées par-ci par-là tel le choix de faire passer les incidents par la caméra de Lou mettant le spectateur dans une position de voyeuriste malsain appuyant encore plus là où ça fait mal (notre fascination pour le sensationnel) ou encore une efficacité certaines pour filmer les scènes d'actions ne suffisent pas pour faire oublier la banalité globale de sa réalisation.

C'est d'autant plus dommage quand l'on sait qu'avec une mise en scène plus personnelle, le long-métrage aurait pu se doter d'une incroyable ambiance, surtout quand l'on voit la maîtrise avec laquelle un Refn ou un Mann arrive à s'approprier le fantastique cadre de Los Angeles. Nightcrawler n'en reste pas moins une fable cinglante sur les dérives télévisuelles et notre amour pour la violence et le choc.
Un film que l'on prend plaisir à regarder mais qui ne restera peut-être pas autant gravé dans les mémoires que nous ne pouvions l'espérer.

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