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Avis sur Night Call

Avatar Gand-Alf
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Scénariste sur des longs-métrages allant du chef-d'oeuvre (The Fall) au très médiocre (Bourne Legacy; Two for the money), Dan Gilroy profite de Nightcrawler pour passer à la mise en scène, d'après son propre scénario. Un premier essai récompensé par de nombreux prix et dont l'accueil plus que favorable me laisse un brin perplexe, à mon grand regret.

Pourtant, les premières minutes de Nightcrawler, immersives et intrigantes, me laissaient espérer une virée nocturne atmosphérique et hypnotique, apte à interroger ma morale et ma conscience, voir à me bousculer quelque peu. Malheureusement, il n'en est rien, malgré le portrait froid et acerbe d'un homme rongé par l'ambition, une sorte de rapace totalement déconnecté du reste de l'humanité. Un personnage fort et inconfortable, qui doit beaucoup à la prestation incroyable d'un Jake Gyllenhaal transfiguré, amaigri et foutrement flippant, incontestable point fort d'un film qui serait franchement anecdotique sans lui.

S'aventurant sur les plates-bandes d'un Michael Mann (c'est tout à son honneur), tentant comme il peut d'offrir un visage presque inédit à la ville qu'il met en scène, Dan Gilroy fait ce qu'il peut, soigne son cadre malgré un montage manquant parfois de rigueur (témoin la scène de la fusillade, censée être narrée du strict point de vue de l'anti-héros et de sa caméra mais incluant aléatoirement des plans plus génériques) apportant une touche très 80's à son premier film, aspect renforcé par la très belle photographie de Robert Elswitt. Le jeune cinéaste aurait peut-être gagné d'ailleurs à situer son récit à cette époque, rendant certains points moins évidents et collant peut être mieux à un fond ayant quand même trente bonnes années de retard.

Car dans sa description des médias, de la course au sensationnalisme et à l'audimat, il faut bien avouer que Dan Gilroy enfonce des portes déjà grandes ouvertes et n'apporte strictement rien de neuf. Faute de véritable contre-point (l'assistant, censé créer un débat et une opposition, est finalement tête à claque et inutile) et de regard neuf sur le sujet, la réflexion que Nightcrawler porte sur notre voyeurisme, sur nos instincts primaires, s'avère fade et presque superficielle. Pire, le cinéaste fini par sombrer dans la caricature dans ses dernières minutes interminables, passant à côté d'un beau final au cynisme flamboyant.

Loin d'être mauvais et s'avérant agréable à suivre, bénéficiant surtout du talent de son interprète principal, Nighcrawler est cependant une déception me concernant, la faute à une absence flagrante de nouveauté, à une forme passe-partout et surtout, à un propos maladroit et déjà développé bien des fois avec bien plus de pertinence.

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