La nuit du chasseur

Avis sur Night Call

Avatar Bea Dls
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oscarisé pour sa photo de There will be blood de Paul Thomas Anderson.

Le film s’ouvre sur une scène où on reçoit de front une image inhabituelle de Jake Gyllenhaal, très amaigri, le visage creusé exorbitant les yeux, à la manière d’un tarsier nocturne, avide et fureteur. On sent d’emblée que l’homme est aux aguets, et peut être aussi un peu malsain.

Vivant de combines à la petite semaine et de rapines de bas étage, n’hésitant jamais à user de la violence, Lou est pourtant un ambitieux autodidacte (il apprend sur tous les sujets avec des manuels et autres tutos d’internet), un enragé qui attend son heure et qui ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins.

Lors d’une de ses virées nocturnes à la recherche de cuivre et autres métaux à voler et à refourguer à des receleurs aussi peu scrupuleux que lui, Lou tombe sur un accident grave, mais surtout fait la connaissance d’un pigiste (Bill Paxton) qui filme la scène en lui expliquant qu’il vendra films et photos au plus offrant au petit matin. Lou a vite compris les règles de ce nouveau jeu, embauche illico un adjoint encore plus désespéré de travail que lui (scène drôlatique montrant des faces inconnues de Gyllenhaal), met son vélo au clou en échange d’une caméra et d’un scanner des fréquences de la police, et part à l’assaut du journalisme de crime, en rampant tel le ver de terre du titre original (Nightcrawler) vers les lieux des faits divers les plus sanglants de Los Angeles et ses environs proches.

Ramper est un mot insuffisant en ce qui concerne son attitude. Fouir serait plus approprié, tant Lou bloom ne connaît aucune limite dans sa quête de l’image la plus trash, allant jusqu’à s’introduire illégalement et à la barbe des policiers chez les victimes pour y chercher le sensationnalisme le plus sordide.

Lou Bloom a trouvé aussi sordide que lui, car une station de télé locale en manque d’audience lui achète tout ce qu’il ramène, et plus c’est « graphic » (choquant et violent), meilleur c’est. La directrice de la tranche horaire concernée par ces faits divers locaux, Nina Romina (Rene Russo), est prise à la gorge par les baisses d’audience et s’acoquine sans vergogne avec Bloom.

La photo de Robert Elswit est juste magnifique. Il montre Los Angeles comme on n’a pas l’habitude de voir. Downtown est présent à l’horizon, mais jamais Lou n’y pénètre, comme pour accentuer son côté anti-héros. Au contraire, Elswit s’attarde sur des banlieues moins connues et peut-être plus caractéristiques. Le travail qu’il réalise avec la lumière est impressionnant, surtout quand on voit que beaucoup de scènes sont éclairées naturellement. Certaines scènes, tout en transparence et tout en horizontalité font penser à des tableaux d’un autre Robert (Hopper), d’autant que le sujet de la nuit s’y prête (Les oiseaux de nuit, notamment)…

Night call est un film à plusieurs clés d’entrée. C’est d’abord et avant tout un excellent thriller dans le sens premier du terme, à nous faire dresser les cheveux sur la tête non pas tellement parce que des évènements horribles y sont montrés, mais bien plus parce que les acteurs principaux y agissent de manière plus horrible encore. L’horreur est d’autant plus vive que les actions de Bloom ou de Nina pourraient se rencontrer dans la vraie vie, aux Etats-Unis certainement, mais sans doute aussi dans un pays comme le nôtre où le succès coûte que coûte s’érige de plus en plus en code de conduite. Le film apporte également cela, cette lecture sociale des limites du système et de ce que les uns et les autres sont prêts à faire pour arriver à leurs fins.

Ayant déjà monté son jeu d’un cran dans Prisoners de Denis Villeneuve, Jake Gyllenhaal, déjà méconnaissable physiquement est transformé en épousant ce rôle. Habité par une fébrilité nouvelle, une nervosité dans le jeu qu’on ne lui connaissait pas forcément, mais également un côté sarcastique et inquiétant, il amène le film de Dan Gilroy vers une dimension supérieure à celle du n-ième film d’action de plus.

Une mention spéciale doit également être faite pour l’acteur pakistano-britannique Riz Ahmed qui joue Rick, l’assistant affable et dévoué, faussement ingénu que Bloom a embauché : il apporte un flegme et un humour au film qui permettent ainsi de réduire par moments la tension.

Enfin, soulignons le travail de Rene Russo, épouse du réalisateur, pour figurer avec force et pourtant sobrement Nina, cette femme belle mais détestable pour ses agissements, même si l’engrenage dans lequel elle s’est empêtrée n’est pas le fruit du travail d’une seule femme, mais de tout un système qui aura désormais beaucoup de mal à ralentir à défaut de s’arrêter.

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