La peur en direct

Avis sur Night Shot

Avatar Aurélien Z
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Sorti en catimini sur Amazon Prime US en 2018, Night Shot n’avait jusque-là jamais eu droit à une sortie France. Un comble pour ce found footage français à la qualité indiscutable. Le tir est désormais corrigé grâce à la plateforme de svod Shadowz.

Night Shot suit le périple d’une jeune blogueuse spécialisée dans l’exploration urbaine (urbex) décidant d’aller visiter un gigantesque hôpital abandonné. Mais le lieu qu’elle a choisi pour sa nouvelle vidéo va lui faire vivre un véritable cauchemar, les drames du passé y ayant laissé leurs traces… Tourné en un seul véritable plan-séquence d’1h30, Night Shot a nécessité 7 nuits de tournages à raison de 2 prises par nuit avant de parvenir à un plan utilisable (14 plans ont été tournés au total). S’il n’est pas le premier long-métrage à revendiquer son statut de « film plan-séquence » (nous avons récemment eu droit au sublime 1917 de Sam Mendes et, côté horreur, on peut relever l’assez médiocre The Silent House sorti en 2011), plus rare sont en revanche ceux pouvant se vanter d’avoir été filmé en une seule véritable prise, beaucoup procédant, pour des facilités de tournage et de logistique, à des coupures cachées.

Pas de répit pour les braves

Première chose à signaler : malgré ses moyens très limités (le film est une production indépendante), Night Shot a de la gueule. Si le found footage est souvent prétexte à réaliser un film d’horreur à moindre budget (la mise en scène amateur et la qualité d’image discutable vont de paire avec le concept), beaucoup sont ceux ratant le coche de la crédibilité. Night Shot embrasse quant à lui plus que jamais son concept et ne s’écarte du droit chemin de la réussite qu’à de rares occasions. L’idée de la youtubeuse partant à la pêche aux vues et aux likes est plus que légitime au vu de l’époque actuelle et apporte une écho terriblement juste et contemporain au film en pointant du doigt ce culte malsain du sensationnalisme et de la chasse à la visibilité sur internet. Si l’on peut donc dans un premier temps jubiler de voir cette petite peste s’empêtrer dans un mal insondable, notre terreur augmente en même temps que la sienne et l’on ne pourra à l’arrivé que compatir. Le réalisateur Hugo König réussi donc l’exploit d’insuffler de l’empathie à un personnage présenté au départ comme détestable (elle engueule son cameraman dés la première scène). Un crédit à mettre aussi sur le compte du jeu d’actrice de Nathalie Couturier qui, rappelons le, n’a jamais eu de pause pour revoir son texte ou reprendre ses esprits lors d’un tournage que l’on devine éprouvant (regardez le film, vous comprendrez). Quelques réserves sont cependant à émettre du côté du jeu du cameraman, bien souvent trop calme par rapport à la situation.

Night Shot a été tourné au Sanatorium d’Aincourt (95), un des lieux phares de l’urbex en France, l’endroit, à l’abandon depuis des années, étant réputé comme hanté. L’équipe de tournage assure d’ailleurs avoir assisté à des manifestations plus qu’étranges pendant ces longues nuits sur place. Si l’on peut bien sûr émettre des réserves sur ce genre de propos, il faut admettre qu’ils apportent au film une aura mystique saisissante. Bruits de couloirs, portes qui claquent, meubles qui bougent… Ces événements étaient-ils bien tous prémédités et mis en place par l’équipe ? Vous l’avez compris : Night Shot fait véritablement peur, cette peur primale qui vous prend aux tripes et vous fait voir des choses qui ne sont pas là, qui vous fait scruter le moindre recoin de l’écran en prévision d’une éventuelle menace. Quand on parvient à un tel niveau d’efficacité, pas besoin de jump-scares, d’effusions de sang ou de fantômes en CGI, et ça, Night Shot l’a bien compris.

Critique originale : https://www.watchingthescream.com/la-peur-en-direct-critique-de-night-shot-sur-shadowz/

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