Stress et paillettes

Avis sur Nocturnal Animals

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La première chose qui frappe à la vision de Nocturnal Animals, c'est la filiation avec The Neon Demon, sorti quelques mois plus tôt. Tout comme dans le film de NWR, il y a ici un souci d'esthétisme, une réflexion sur la beauté et sa vacuité, sur l'envie de vivre une autre vie, une musique soignée et envoûtante,  et deux acteurs présents dans les  deux fictions, à savoir Karl Glusman et Jena Malone. Il partage même le thème de l'illusion à travers l'esthétique, la mode et les performances résultant de la rencontre des deux.
Pourtant là où Nicolas Winding Refn a façonné un objet abject et fascinant, avec un rythme constant, pêchant seulement vers le final pour son penchant pour le gore, Tom Ford, lui, propose une histoire plus classique dans son contenu même si tout aussi maîtrisée. Hélas la deuxième partie ne tient pas toutes les promesses de subtilités de la première et le rythme en devient le parent pauvre. L'histoire du roman incarné à l'écran est particulièrement lente malgré le presque impeccable prestation de Jake Gyllenhall et un Michael Shannon qui vole la vedette au reste de la distribution. 
L'image est cependant d'une précision d'orfèvre. L'utilisation et la contre-utilisation du langage cinématographique, notamment dans la séquence où Sheffield, hagard, sort du canyon, passe par un barbelé et se retrouve sur la route, est une démonstration de la compréhension des codes classiques. Les tons des couleurs sont plus chauds à l'écran lors des scènes tournées caméra à l'épaule, quand il s'agit de l'histoire du roman, de personnages finalement bien plus vivants que les vivants et sont, en revanche, plus froids et les plans sont fixes pour filmer la vie du personnage incarner par Amy Adams, qui d'ailleurs en profite pour définitivement marquer sa génération d'acteurs. La vie proposée par l'amour a été refusée au profit de la convention et des attentes sociales qui fige le mouvement. Le roman symbolise alors la lente agonie vers la mort de l'âme du personnage principale et la tristesse profonde de l'écrivain.
Grâce à ces différentes métaphores esthétiques, Tom Ford tente de représenter la vacuité d'un monde et le fait de ne pas évoluer en tant qu'être humain comme l'explique Jake Gyllenhal lui même dans cet entretien :
"In the movie of Nocturnal Animals […], what I think Tom Ford is trying to say through Laura Linney's character : when you don't really live the life or when you don't fall in love or love somebody that your truly believe, you don't connect with, you're doing it because conventions tell you, because you're supposed to, then you do become your parents". En résumé, s'il n'y a pas de veritable amour entre deux personnes mais plutôt un contrat social, elles finissent par devenir leurs parents, l'exemple premier de leur vie.
En effet, tout le film traite du conditionnement qu'un milieu donné impose à un individu. Phénomène qui est d'autant plus criant dans les milieux où évolue Tom Ford, notamment en tant que créateur (voir la scène avec l'amie du personnage qu'incarne Amy Adams qui est marié avec gay parce c'est plus confortable selon elle). Il traite aussi des points de frictions entre individus n'ayant pas la même vison des choses et tentant désespérément de comprendre. Tente t-il de s'extraire de tout cela ou est-il simplement cynique ?
Dans son dernier film en tous cas, même s'il montre, sans favoritisme, les errances ou la vanité de ses personnages, aucun indice ne semble pencher du côté d'une animosité à l'encontre des uns ou des autres. Il s'agit plutôt d'un constat psychologique, presque mélancolique d'une société et d'un questionnement sur l'art, son état actuel et ses effets sur notre époque.

Pour l'entretien entier : http://nerdist.com/nerdist-podcast-jake-gyllenhaal/. La citation est prononcée à 1h02mn30s

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