We have wandered so very far from home...

Avis sur Nomads

Avatar Morrinson
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Il est toujours curieux et intéressant de se plonger dans l'œuvre à l'origine d'une filmographie relativement bien connue de tous, à l'identité forte et affichée. Surtout quant ce premier coup d'essai ne laisse en rien présager de la suite des événements... et surtout quand il s'agit du futur réalisateur de "Predator" (1 an plus tard) et de "Die Hard" (2 ans plus tard), chose à peine croyable quand on regarde cet étrange objet qu'est "Nomads".

Première curiosité, si l'on oublie le charme gentiment désuet / admirablement kitsch des années 80, de son esthétique à base de cuir, de bracelets hérissés de pics et de moustaches, et de son atmosphère sonore vraiment rebutante : on a affaire à un genre, le fantastique, dans lequel John McTiernan ne s'aventurera plus jamais. Ne parlons pas des excellents "Predator" et "Last Action Hero" dans lesquels la composante surnaturelle n'est qu'un prétexte pour faire pleuvoir de l'action et de la punchline par wagons entiers. Et oublions le désastre gênant du remake de "Rollerball"... On a vraiment du mal à croire que c'est la même personne qui a réalisé tous ces films (précisons qu'il est également auteur du scénario ici).

On prend conscience assez vite des faiblesses du film, de ses limitations dans la forme et dans le fond, mais "Nomads" peut tout de même se targuer de proposer une histoire à base d'anthropologue français (chose qu'on est obligé de croire sur parole, car interprété par le pas très français mais très barbu Pierce Brosnan, alors inconnu, à l'accent british assez prononcé) exilé en Californie pas si inintéressante. Même s'il ne fait pas dans la délicatesse, McTiernan, déjà, critiquait à sa façon (et avant sa condamnation) une partie de la société américaine en se focalisant sur cette bande à l'origine du titre, cette tribu qui d'abord intrigue l'anthropologue, puis l'obsède, avant de l'absorber.

Même si le sous-texte est parfois bancal ou flou, même si les liens entre tribus inuits, tribus africaines et zonards punks américains ne sont pas toujours très clairs (gageons qu'il s'agit là d'une démarche tout à fait consciente, propre à l'ambiance fantastique), les monologues de Prof. Brosnan résument à eux seuls l'esprit du film :
- "Nomads live in deserts, whether it's a desert of ice or sand."
- "Well, people don't realize that this is a city built on a desert."
- "There are places with pasts, Pommier [c'est le nom du personnage interprété par Brosnan]. Places with secrets."
- "We are so very far from home, you know. All of us. We have wandered so very far from home."

Maladroit, parfois, approximatif, souvent, mais quelque part, rares sont les premiers films à ne pas l'être. Et en tout état de cause, on peut apprécier "Nomads" au moins pour une chose : c'est en regardant ce film que Schwarzenegger, impressionné par l'atmosphère tendue bricolée avec un budget ridicule, qu'il décida d'engager McTiernan pour réaliser "Predator". Eh ouais.

[Avis brut #64]

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