C'est sur, c'est pas Twilight

Avis sur Nosferatu le vampire

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Murnau et Nosferatu, deux noms difficiles d'éloigner l'un de l'autre. En reprenant à son compte le Dracula de Bram Stolker, Murnau offre au cinéma un de ses virages les plus décisif : la création du film d'horreur. Cependant, comme toujours avec les sources originelles, il ne faut pas chercher à voir le produit fini immédiatement, mais bien comprendre qu'il s'agit là des origines. Nosferatu est-il un film d'horreur ? Cette simple question pourrai produire une liste d'articles interminable et je ne vois pas l'intérêt d'y répondre ici.
Clairement Murnau a créé, grâce à ce film, le cinéma d'horreur et le cinéma d'épouvante (notons que si je sépare les deux ici, il s'agit, dans Nosferatu de la même chose), mais il va beaucoup plus loin.
Avant de poursuivre ma critique, je dois expliquer pourquoi j'ai mis 6/10. Tout simplement parce que je suis subjectif face à ce film. J'ai vu la version de 92 minutes et très franchement je ne suis que très moyennement satisfait à cause de certaines barrières temporelles. La pellicule, déjà, a eu des gros soucis par endroits, ce qui me force à être moins séduit. La chromatographie est franchement pas à mon goût, je ne sais pas si les sautillement jaune/bleu étaient volontaire où si c'est la version que j'ai vu qui posait problème. J'ajouterais également que j'ai rarement lu autant devant un film, même muet. Les longues narrations m'ont grandement ennuyé et fait sortir du film à chaque fois (je ne parle pas des répliques écrites des personnages mais bien des transitions narratives). Là encore j'ai conscience qu'il s'agit d'une volonté de Murnau de raconter une histoire (elle-même sous la forme d'actes successifs) mais ça m'a vraiment déplu et fait sortir du film.
Globalement pour le reste (jeux des acteurs, grain de la pellicule, composition de l'image, musique, angle de vue) le décalage temporel et technique ne m'a nullement dérangé.

En 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc, heureux en mariage avec Ellen doit partir en Transylvanie afin de vendre une maison, voisine de la sienne, au comte Orlok, un homme étrange, vivant dans un château loin de tout. Au fur et à mesure de son voyage, Hutter sent un climat malsain monter, comme étant en proie au surnaturel. Une fois arrivé, Orlok apparaît comme un individu inquiétant, presque fantomatique. Il achète rapidement la propriété et montre un profond intérêt pour Ellen.
Pendant ce temps, cette-dernière est en proie à des crises de somnambulisme, voir de folie. Dans le même temps, Knock, l'employeur de Hutter qui l'a envoyé en Transylvanie, devient fou et est interné.
Orlok garde Hutter prisonnier dans son château tandis qu'il part pour l'Allemagne (ba oui, délocalisation oblige) amenant avec lui une épidémie de peste.

Le film reprend une construction très dramatique, où le suspense et la tension n'ont de cesse de monter ainsi que les effets visuels. En se remettant dans le contexte de l'époque, on comprend vite à quel point Nosferatu apparaît comme irréel. Au-delà de son apparence pour le moins surprenante, il dispose de grand pouvoir (vitesse surnaturelle, télékinésie, traverse les murs, hypnose). Il apparaît en même temps comme un monstre surprenant, parfois même hésitant. Et dans le même temps, il n'est jamais véritablement le héro sans pour autant ne pas l'être. Au centre du film, tous les autres personnages apparaissent comme totalement dépassés, Thomas Hutter en tête.
Visuellement, Murnau donne une identité forte à son film. Technique d'accéléré, d'arrêt de caméra, couleurs inversés ne sont que des prétextes techniques qui ne masquent pas la force des plans, des cadrages, des décors. Le film est de toute beauté et l'atmosphère glauque, puante presque, n'a de cesse de monter. Une grande réussite.
On sent aussi parfaitement la monté du danger, quitte à ce que Murnau s'éparpille un petit peu. Entre Ellen qui délire, Hutter coincé en Transylvanie, Nosferatu qui fait sa vie, la peste qui débarque, les policiers impuissants, Knock qui se moque de la population, on a beaucoup à suivre. De ce fait, le film peut apparaître comme un peu lent. Cependant sa résolution, rapide, laisse pour le moins étonné et pourtant satisfait. Il faut bien comprendre que sur les 5 actes de ce film, il faut attendre le 5ème pour avoir enfin la confrontation totale avec Nosferatu. On est donc surpris que cela se termine aussi rapidement.

Comme je le disais, l'aspect "éparpillé" de certains passages, d'avantage révélateur d'une puissance créatrice qu'autre chose, peut cependant gêner la compréhension. De la même manière, le film n'est pas exempt de défaut. Le débarquement de Nosferatu, où ce-dernier tient dans ses bras son cercueil et traverse la ville ainsi gagne un beau prix dans "les moments ridicules du cinéma". De la même manière, le retour de Hutter chez lui est presque gratuit et on s'étonne de ne pas d'avantage se faire de soucis à propos de Nosferatu (qu'il sait habiter face à chez lui). Globalement, Hutter apparaît comme étant assez faible, par rapport à Ellen, qui n'hésite pas à réellement agir, elle.
De la même manière, les amis d'Ellen qui veille sur elles ne brillent pas par leur utilité à l'écran. Le retour constant sur Ellen quand Hutter est en Transylvanie sert à montrer la force de l'amour du couple ainsi que les pouvoirs de Nosferatu, qui traversent les kilomètres, mais dans le même temps, cela fait perdre un peu le poids de la tension.
Car, Murnau maîtrise vraiment la monté de la tension, pour la faire retombé, puis remonter, et ainsi de suite, c'est splendide, somptueux à tous les niveaux.
Le passage avec la peste est également un des temps forts du film qui plaira beaucoup et marquera fortement le spectateur. Au début, on peut craindre une piste supplémentaire, éloignant du sujet principal, mais au contraire ça le rejoint parfaitement.

Pour revenir à l'esthétisme, il est évident que le film a vieilli, mais il reste d'une grande beauté. Très représentatif de la capacité de l'expressionnisme allemand à faire voyager. Rien que pour la monté de Nosferatu où l'on ne voit que son ombre, se film vaut la peine d'être vu (je rigole, 80% des plans de ce film sont de toute beauté).
Les acteurs sont aussi très bon, je sais que l'expressionnisme déplait facilement, mais je trouve que ça a très bien vieilli. Certes, Max Schreck fait le cadavre, cette démarche, ce regard, tout est proche du mort, mais pour autant, il m'a grandement moins marqué que Gustav von Wangenheim qui campe bien Hutter et surtout Greta Schröder, magnifique en Ellen. Les acteurs secondaires sont tous très bons et on soulignera que le nombre de personnage présent à l'écran est important et pourtant, toujours réussi.

Au final, Nosferatu est un très bon film, même si les choix du rythme scénaristiques peuvent surprendre et même déplaire, même si ça a vieilli, ça reste très marquant. Ma note n'est pas très bonne car quelques scènes m'ont déplu, le rythme ne m'a pas accroché, et globalement j'ai eu trop à lire et la qualité e la pellicule m'a quand même assez déplu. Je dirais donc que j'enlève bien 2 points de manières subjectives.
Mais ce n'est pas parce que subjectivement on reconnait qu'on perd des choses à cause de l'éloignement historique qu'on doit refuser de voir le film. Que ça soit ses qualités ou ses défauts, Nosferatu nous enseigne beaucoup de chose.

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