EPR : Etat de Profonde Résignation

Avis sur Nucléaire : l’impasse française

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Critique à chaud - pardon d'avance pour les éventuelles bourdes, corrigez-moi si besoin.

L'EPR, réacteur de troisième génération, serait le fleuron de l'énergie nucléaire en France. Pourtant, les deux centrales d'EDF actuellement en construction, à Flamanville et en Finlande, ont pris de nombreuses années de retard et un surcoût inimaginable (on parle ici en milliards d'euros). Cela vient empirer la situation financière d'EDF, qui doit déjà éponger ses dettes et les coûts de maintenance de la soixantaine de centrales classiques dont l'entreprise dispose sur les territoires français et britannique. La facture s'élève maintenant à environ 200 milliards d'euros au total.

Le PDG d'EDF, Jean-Bernard Levy, soutenu par le gouvernement français, persiste dans cette direction malgré la démission de son directeur financier, Thomas Piquemal, et les doutes des analystes et de la presse spécialisée. Seule la Grande-Bretagne a accepté d'acheter un nouvel EPR, à Hinkley Point, lors d'une décision très controversée au Parlement. La condition en était qu'EDF en assumerait le coût (malgré une santé déjà délicate comme on l'a vu). Pour ce faire, EDF a accepté la contribution financière de la Chine, qui a mis 7 milliards d'euros sur le tapis. Une aide désintéressée ? Evidemment pas : les chinois, qui avaient également acheté deux EPR à EDF pour en copier la technologie, comptent ainsi obtenir des certifications européennes sur leurs réacteurs... et ainsi investir le marché européen du nucléaire.

Alors pourquoi EDF et l'Etat français semblent-ils creuser leur propre tombeau, et servir volontairement de cheval de Troie à une puissance économique concurrente par dessus le Marché ? Bernard Laponche, spécialiste de l'énergie nucléaire, met en lumière le mécanisme de caste oligarchique issue de l'école polytechnique à la tête d'une industrie française sûre de son génie. Associé à la confiance sans faille de la classe politique dans le nucléaire, datant du premier choc pétrolier (1973), cela explique cette fuite en avant.

Le documentaire présente les énergies renouvelables comme l'avenir dans lequel se sont engagés de nombreux pays (Allemagne, Autriche, Suisse, Chine, Corée du Sud...) tandis que notre vieille France est à la traîne avec sa mentalité de mammouth radioactif. Mais bien sûr, les énergies fossiles restent l'écrasante majorité du mix énergétique mondial, et de ce point de vue, la France est mécaniquement en tête puisqu'elle produit du nucléaire à 75%. Cependant, il serait faux d'en déduire qu'EDF est à la pointe de la lutte contre le changement climatique. Ses investissements dans les renouvelables sont ridicules, c'en est criminel.

J'ai l'impression que ce documentaire, clairement à charge contre le nucléaire, néglige un peu la problématique du changement climatique et fait la part belle aux énergies renouvelables, qui ne représentent encore qu'un infime pourcentage de la production mondiale d'énergie. De plus, la musique angoissante tout le long (à part quand on parle de renouvelables), c'est un peu nul. A part ça, j'ai bien aimé, les intervenants étaient diversifiés et de qualité.

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