Préliminaires.

Avis sur Nymphomaniac : Volume 1

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Carton pour nous annoncer que le film a été charcuté + censuré mais que Lars est quand même opé parce que bon faut faire tourner le biz (peut-on vivre son art ou vivre de son art, c’était mon partiel de tout à l’heure tmtc) puis bruit de pluie genre Morbihan au mois de février sur écran noir puis Rammstein dans une ruelle sombre et suintante à la Tarkovski, et Stellan Skarsgard, vieux bonhomme érudit qui va s’acheter des gateaux juifs qu’il mange fémininement à la cuillère de tomber sur une Charlotte Gainsbourg allongée lascivement mais avec la tête au carrée entre quatre murs de briques rouges. Ah oui, il neige forcément un peu aussi, alors il la ramène boire du thé à l’ancienne en mode home sweet home.
Bien sûr on veut tous savoir ce qui est arrivé à la miss (sinon pas de film hé oui), alors elle nous annonce tout de suite la couleur : « je ne suis pas une bonne personne ». Et c’est parti pour 4H/5H30 bientôt/mais pour le moment seulement 1H50 d’auto-flagellation typiquement Von Trieresque.
Vous suivez ?
Vous devriez.
Car c’est un très grand film qui vient de débuter. Enfin la moitié d’un très grand film mais ne relançons pas le débat de la scission de l’œuvre, et confortons nous dans l’idée que nous prendrons d’autant plus de plaisir à le redécouvrir en entier et surtout dans sa MEGA-EVOLUTION à venir (Nymphomaniac digivolve-toi / et j’aurais pu dire digivulve si j’avais voulu rester dans le thème. BON).

Première partie. Cinq chapitres. Stacy Martin as Young Gainsbourg, on y croit. Bien qu’elle appuie peut-être un peu trop son personnage de nymphette naïve au tout début (hihi j’ai des tresses que je tripote je suis pucelle do you want to take my virginity ?), on y croit, et oui quand les journalistes parlent de « révélation » c’est pas du pipeau. Femme fatale, elle ne l’est nullement, mais ingénue, absolument, et elle a ce qu’il faut de mélancolie dans le regard pour qu’on puisse – sinon comprendre (elle ne les comprend pas elle-même) – accepter ses fluctuations émotionnelles, et parfois, s’y identifier. On peut le dire, la réussite de ce volume 1 tient beaucoup à cette nouvelle venue (décidément, Lars a le talent).

Ensuite quoi ? Shia LeBeouf n’en a plus rien à carrer des Transformers, et joue très bien son rôle de petit con prétentieux. Uma Thurman offre une scène mémorable, oui ça on l’a déjà lu, et c’est (plutôt) vrai – et d’ailleurs assez ironique car Joe (l’héroïne, du coup) précise ensuite que ce court chapitre n’a eu aucune influence sur elle (et bien sûr on n’y croit pas trop). Sinon, Christian Slater touche des arbres et se fait caca dessus, et Gainsbourg et Skarsgard semblent presque s’amuser de leur petite conversation métaphysique. Car oui, et c’est là qu’on applaudit la stratégie marketing mise en place autour du film : beaucoup s’attendaient à du porno, ou tout du moins à de la pornographie, et se retrouveront à bander mou face à une œuvre résolument philosophique, où la sexualité est disséquée sous ses formes multiples via des métaphores, parfois grosses oui, mais toujours ludiques ( !) : pêche à la ligne, feuilles de frêne et polyphonie musicale n’auront plus de secrets pour vous. Et au milieu, quelques scènes de chair osées mais tristes qui – et c’est une constante dans l’œuvre de Lars – feront du sexe un objet de culpabilité plus que d’excitation pure.

Et là où Nymphomaniac touche à nouveau à l’excellence, c’est dans sa faculté à n’avoir – à sa manière – aucune limite. Mon plus grand regret c’est de l’avoir tellement fantasmé avant de l’avoir vu que, à force de lire critique sur critique (le-plUuu-cuRieeuX-c-mwAAA’), je savais déjà tout ou presque de sa structure. Et quel dommage, alors même que le film va de surprise en surprise. Le ton semble dramatique ? Détrompez-vous, il s’agit probablement du film le plus drôle du bonhomme. Ca reste de l’humour à la Von Trier (et pas le même genre que dans Le Direktor, dieu merci), mais il réussit ici à englober d’une ironie glaçante et toujours bien placée un film pourtant profondément désespéré, dans son thème comme dans son récit. Du coup, quand Seligman (celui avec qui Joe tchatche aka Skarsgard) parle d’avion, on voit une image rétro d’un avion qui vole, et quand il lui explique un délire mathématique un peu complexe (désolé j’ai toujours eu 4 dans cette matière), des chiffres apparaissent sur l’image pour nous expliquer tout ça. On peut presque dire qu’il y a des phases éducatives là-dedans. Des audaces qui ne désarment pas l’émotion, mais détournent un peu Nymphomaniac de la gravité profonde à laquelle il aurait pu être destiné.
Pareillement, alors qu’à travers son récit Joe semble posséder l’expérience, Seligman lui déborde de savoir et ne se prive pas de mettre en parallèle celui-ci pour justifier ou comparer les autoproclamées horreurs qu’elle lui raconte. Ca pourrait être lourdingue, mais cette quasi psychanalyse où l’un comme l’autre n’en savent pas plus que nous autres spectateurs n’en devient que plus touchante. On apprend au fur et à mesure et on ressent finalement une proximité étroite et presque dérangeante dans cette troublante confession. Celle d’une femme et de son dégoût d’elle-même.
Et en revendiquant la position du spectateur comme tel – après tout, et comme le dit Joe elle-même, si nous ne croyons pas à ce qu’elle dit, y aurait t’il un intérêt à l’histoire ? – Lars Von Trier crée matière à un étonnant ping-pong cérébral, peut-être un chouïa trop appuyé par moments, mais d’une intelligence et d’un aboutissement rares en ces temps de Désolation de Smaug.

C’est donc un (début de) vaste film, ou film vaste, auquel on assiste : un film physique, mental, qui ose le dualisme (l’homme VS la femme, le désir VS la satisfaction, la théorie VS la pratique, y tutti quanti), et qui va peut-être encore plus loin dans la vision du monde – souvent incomprise hélas (dire que Lars est misogyne c’est comme dire que Vincent McDoom est un homme, ZBRAAAH) – qu’a Von Trier. Il s’autorise beaucoup de choses et nous aussi, alors il serait bête de ne pas en profiter.

Rammstein again. Puis BETE DE teaser du volume 2, qui a l’air encore plus intense.
Voilà.

Si vous voulez voir des bites, il y a L’inconnu du lac.
Si vous voulez voir des chattes, il y a La vie d’Adèle.
(LOL)

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