Il n'y a pas de rapport sexuel

Avis sur Nymphomaniac : Volume 1

Avatar Aeneman
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Warning: Spoilers éventuels sur le film

Lars Lars Lars...sacré Lars.
Depuis ton fameux Dancer in The Dark (ou avant?) je suis devenu un grand fan de tes films. Et dire que j'attendais ton Nymphomaniac depuis l'annonce de son projet tient presque de l'euphémisme tant Melancholia, puis Antichrist, puis Dogville, puis... Ont détrôné chez moi d'autres réalisateurs pour te placer n°1 dans mon petit coeur.

Alors forcément, et après les frasques - finalement un peu idiotes et vite oubliées - de Cannes 2011, et ton annonce de "faire un porno" forcément...
Forcément (en italique dans le texte), j'étais un peu curieux.

Donc on prend une tripotée d'acteurs bien connus: Charlotte Gainsbourg dont tu as déjà fait souffrir ses petites mimiques sur Antichrist, Uma Thurman dont la carrière est aussi peu tranchante que depuis sa dispparation ou presque des écrans, un petit nouveau et d'ailleurs plutôt surprenant qu'est Shia LeBoeuf qui veut montrer qui est le patron et qu'il sait être autre chose que "le mec un peu con de Transformers", Stellan Skarsgard vieux pervers pépère qui te sert d'alibi pour avoir à qui raconter une histoire de découverte du sexe et ensuite nymphomanie à travers les différentes périodes de Joe, et finalement une petite nouvelle, étonnante et plutôt audacieuse dont je me taperai...ahem, mignonne et très très crédible dans son rôle (la scène de la fellation avec le sperme qui coule de sa bouche...mon dieu!) , Stacy Martin. Et pour compléter le tableau de cette première partie, Christian Slater qui joue le père de Joe.

Attention, ceci n'est pas vraiment une critique complète vu que - honneur absurde de ce choix de faire un long film - Nymphomaniac n'est disponible qu'en 2 parties. Et censuré. Même si pour le 2ème point, ce n'est pas vraiment un gros souci on dira, tant les jeunes, les vieux et tout le monde sait plus ou moins de nos jours à quoi ressemble une bite, une chatte et une copulation. Sinon, Google est ton ami...il y a assez de sites pour ça.

Enfin bref, donc Lars veut nous raconter une histoire de nymphomane retrouvée tabassée dans la rue et recueillie par un vieux Monsieur Seligman qui outre la passion de la pêche, aime aussi à ses temps perdus Bach et bien d'autres sujets qui feront - maladroitement - les sujets de transition pour que Joe parle de ses péripéties et de son évolution sexuelle à travers les âges.
Car ici il n'est pas tant question - à mon humble avis - de sexe mais plus de solitude dans le sexe. Où comment Lars Von Trier voit l'amour à travers un filtre distordu et curieux d'expériences ratées que vit Joe.

On pourrait d'ailleurs interpréter de manière simpliste le fait que Joe à cause de sa première expérience brutale avec Jérôme pour se faire déflorer est devenue une mangeuse d'hommes et grâce à comme elle le dit "puissance de femme avec un vagin" été une mauvaise personne comprendre comment elle est devenue nymphomaniaque mais ce serait comme toujours chez Lars, trop simple.
Pas plus convaincante l'explication comme quoi entre sa mère castratrice et son père gentil homme de famille amoureux des arbres lui a donné envie de s'y mettre sérieusement au dit sujet donc on attendra le volume 2 pour avoir une vue d'ensemble du tout.

Car après tout comme pour de nombreuses oeuvres, ce serait idiot et réducteur d'arrêter en plein milieu d'un film, d'un livre, d'un disque et j'en passe pour se dire que c'est nul.
Certes, parfois on peut présupposer - et faire preuve d'arrogance intellectuelle? - que tel ou tel objet de réflexion ou de divertissement visuel est mauvais mais ce serait faire un faux procès à notre ami Von Trier.

Pas plus que son explication un peu bourrée au burin sur l'antisionisme et l'antisémitisme balancée dans le film un peu n'importe comment.
D'ailleurs ce point précis peut peut-être démontrer que le film pour le moment est un brin bancal dans sa construction tant on a l'impression qu'il cherche à se justifier - mais en a-t-il vraiment besoin? - de tout ce qu'on peut lui reprocher sans arrêt:
- Misogyne et pourtant les femmes puissances chez Lars il y en a disons...ahem, quelques unes n'est-ce pas? D'ailleurs ici ce sont les femmes et surtout Joe, qui commandent chez ces mâles dont les bassesses liées au désir sexuel leur font perdre la tête sans autres raisons qu'un bon coup de bite enfourché dans une belle chatte toute jeune.

À ce propos, oui le film est explicite par 2 grosses fois on dira:
- La scène de la fellation (mais ça on l'avait déjà vu tout de même dans l'Empire des sens (1976!)
- La scène de copulation à la fin où l'on voit clairement le rapport

Et sans doute d'autres scènes qui pour le coup avec l'accumulation d'hommes - numéros? - apparaissant dans le film, me font oublier des choses, dommage.

- Le fameux coup foireux de Cannes comme dit plus haut, où les quelques lignes finalement ne durent que très peu de temps dans le film

- L'esthétisme de tout et n'importe quoi, accusé dans le début d'Antichrist, et ici représentée dans la scène de l'hôpital avec Christian Slater qui vit ses derniers instants, se chie dessus (sic) et dont Lars donne aux amateurs de matières fécales un aperçu en noir et blanc, ainsi que lorsque Joe mouille à cause de son père décédé (ou je fais un lien un peu trop étrange et malsain...).

La scène du train on en pensera ce qu'on en pensera, mais rendre de si jeunes adolescentes autant provocatrices et autant sexuelles ça rend vraiment le film avec une aura étrange et particulière (comment ça casse-toi va sur youp...?) qui n'est pas forcément désagréable.

Est-ce que Joe manque de morale ou est-ce que les autres manquent de morale? Comme le dit Seligman, on accuse souvent le toxico, mais jamais celui qui vend la drogue.
Est-ce le cas ici pour Joe? Est-elle la némésis de ces sperm...euh personnages, sorry j'ai mal tapé au clavier, dont elle détruit les vies ou n'en est-elle que l'accélérateur?
Ce sera peut-être répondu dans la partie 2, où déjà maintenant selon sa propre sensibilité...

Car le film pour le moment et c'est son problème principal, semble comme manquer de liant.
Lars sait toujours aussi bien filmer, poser sa caméra, rendre n'importe quel coin, et la scène d'entrée est à ce juste titre sublime, même le plus sordide comme une ruelle fabuleux et sait "texturer" des matières. Pareil pour toutes les scènes dans les clairières ou les bureaux sublimes de par leurs compositions.
Mais le film se trouve plombé par des transitions bien lourdes avec le découpage en chapitres - déjà vu dans Antichrist récemment ou Dogville - qui ne se font pas de manière fluide.

...car au fond ce que Lars veut nous parler c'est tout de même d'amour. L'ingrédient qui change le sexe comme le lui disait l'amie de Joe, c'est l'amour.
Et il peut sembler que chez lui c'est une vision - réelle et juste? - tordue, malsaine et brutale. Car l'amour ne peut être qu'Eros et Thanatos, ne peut être que haine et pénétrations, ne peut être que des rapports de dominants et dominés.

Soit donc pour le coup à chacun sa vision des choses, on accepte de manière cynique ou réaliste diraient certains, que oui le sexe arriver à se camoufler dans les soit-disants sentiments pour faire avancer la reproduction des être humains...et pour le coup avoir une vision punk et adolescente? du cul; soit on peut supposer que l'amour chez Lars est certes tordu mais sans doute plus réel, plus vivant même si brutal que chez ceux qui font semblant de vraiment s'aimer.

Le final de cette première partie, que Joe une nymphomane ne ressente rien après son "summum" avec Jérôme qui devrait être le must, celui qu'elle cherchait dans tous ces hommes, est sans doute équivoque de la transition pour l'opus n°2.

À conclure donc avec la partie 2.
Pour le moment c'est un "petit" 6 plaisant mais ennuyé.
Et ça, ça me rend pour le moment bien triste.

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