" My name is Joe, ...

Avis sur Nymphomaniac : Volume 1

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Dans un soucis de logique, puisque les deux volumes de "Nymphomaniac" ne forment qu'un seul et même film, il n'y aura pas de conclusion à la fin du texte ci-dessous, mais un lien vers sa suite. La note que j'attribue au film quant à elle, englobe les deux volumes.

Lars Von Trier est un réalisateur très atypique, habitué à déclencher les polémiques, (il semble presque y prendre un malin plaisir), voilà qu'il propose en Janvier 2014 son nouvel opus intitulé "Nymphomaniac". Séparé en deux parties qui sortiront respectivement à quatre semaines d'intervalle l'une de l'autre, ce nouveau film avait tout pour attirer la curiosité, mais aussi attiser la crainte étant donné un tel sujet entre les mains d'un tel réalisateur.

Il y a beaucoup de chose à dire sur "Nymphomaniac", mais à mon sens je crois que la plus importante à souligner dans un premier temps, c'est qu'il s'agit-là d'un film hors-norme et qui fait appel à la conscience du spectateur pour interpréter ce qu'il va voir. Bien entendu le film n'est pas non plus à mettre entre toutes les mains.
Ce qui est sûr cependant c'est qu'il ne s'agit pas ici d'un film banal. A travers son univers provoquant, semi-porno/trash, le long-métrage parle de l'humain à travers le medium du sexe et de la nymphomanie. Évidemment quand on s'attaque à un tel sujet, et surtout lorsque l'on tente de le traiter de cette manière, il faut savoir plus ou moins prendre des gants, ce que Von Trier semble plutôt savoir faire hormis quelques situations du film. En effet ce dernier provoque mais ne tombe pas dans la vulgarité, le sexe est ici un moyen d'expression, une manière bien particulière d'humaniser le personnage de Joe. D'ailleurs Lars Von Trier indique clairement qu'il s'agit-là d'un film à interprétations, puisqu'il met lui-même en scène des métaphores pour raconter cette histoire. Histoire qui est d'ailleurs divisée en plusieurs chapitres bien distincts, un peu comme un film à sketch à l'exception que les acteurs jouent ici toujours le même rôle, c'est l'odyssée de Joe qui est découpée.
Cette odyssée sexuelle est sombre, on pourrait presque dire qu'il s'agit d'un long-métrage sur le mal, étant donné le discours de Joe. Le personnage évoque clairement les statuts de prédateurs et de proies, ce que le réalisateur va intensifier via sa mise en scène. Joe quant à elle se voit comme une mauvaise personne, du moins elle voit sa nymphomanie comme un problème, ce qui n'est pas totalement faux puisque cela va lui causer quelques soucis, qui eux vont en revanche donner des scènes très drôles dans le film. D'ailleurs si il y avait une chose à déclarer en ce qui concerne la séparation du film en deux parties, c'est que la première est dans l'ensemble plus légère que la seconde, qui elle est empreinte d'un humour plus noir. Quoi qu'il en soit, le film en général est nappé d'un humour sérieux certes, mais bien présent, nous ne somme pas dans une comédie, et heureusement. Au contraire nous sommes bien dans un drame, car Joe malgré sa facilité à s'exprimer à Seligman sur sa vraie nature, ne comprend pas vraiment celle-ci pour autant, ce qui entraîne un vrai questionnement. Questionnement qui s'avère d'autant plus intéressant si l'on parvient à prendre le point de vue de Seligman justement. Car ce personnage est comme nous, il est spectateur de cette histoire, et il est lui aussi contraint à faire des interprétations. Pourtant comme on peut le découvrir lorsque Joe qui raconte son histoire, arrive à une période plus charnière de son existence, l'âge adulte, notamment lorsqu'elle évoque la frustration, les deux personnages qui se font des confidences depuis le début du film, se révèlent être une sorte de reflet l'un de l'autre. Avec des parcours bien différents évidemment, mais tous deux à leur manière ils ont des histoires qui sont complémentaires, un peu comme la polyphonie qu'explique Seligman.

Mais le film à travers son médium principal, ne parle pas que de la nymphomanie pour tenter d'humaniser le personnage de Joe, il touche aussi au sujet de l'émancipation. Car on peut voir la nymphomanie du personnage principal comme un état physique qui la retient sans pouvoir avancer. Hors le film prend ici des allures plus pessimistes lorsqu'il s'agit d'évoquer la lutte pour changer qu'il l'on est. Là où le traitement de ce second sujet est intéressant, c'est lorsque l'on voit les changements qui ont opérés dans la vie de Joe au fil des années. Alors oui il est clairement question d'émancipation, mais elle est elle aussi destinée à être interprétée. Encore une fois les deux personnages sont concernés par cette question.
Mais finalement peut-on voir "Nymphomaniac" comme un film personnel de la part de Lars Von Trier ? Et bien oui et non, c'est plus complexe que cela, car à part le médium qu'il utilise, le réalisateur ne dévoile pas des messages en particulier, bien qu'il a tendance parfois à avoir un côté moralisateur.
Une chose est sûre en tout cas, c'est que ce "Nymphomaniac" pose une vraie problématique, à savoir : Est-ce que nos actes définissent vraiment qui l'on est ?
Cette problématique n'est pas seulement évoquée par des mots ou des actions, mais elle est aussi une partie intégrante de la mise en scène, et c'est là que le talent de Lars Von Trier se dévoile complètement, car la forme du film n'est pas seulement belle, elle est aussi en parfaite adéquation avec le fond.

[La suite de la critique ici: http://www.senscritique.com/film/Nymphomaniac_Volume_2/critique/32018947 ]

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