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Nymphomaniac : Volume 1 par Gérard Rocher

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~~~~ JE M'ELEVE CONTRE LA CENSURE IMPOSEE AUX 2 VOLETS DE CE FILM. ~~~~

C'est dans le décor d'une ruelle sinistre et sombre sous une pluie battante que dans la soirée Seligman, un brave homme célibataire part faire une course. A un détour de son chemin il découvre une jeune femme gisant à terre à demi inconsciente, blessée sur le corps et le visage tuméfié. Le brave homme la réconforte et décide de l'emmener chez lui afin qu'elle se remette de ses émotions et de ses coups. Après avoir repris ses esprits et mise en confiance cette femme décide de livrer l'histoire de sa vie depuis son enfance jusqu'à ses cinquante ans, chapitre par chapitre. Elle s'appelle Joe, elle se dit nymphomane ce qui ne rend pas sa vie très simple. Le brave Seligman l'écoute avec beaucoup d'attention et va confondre les événements de ce récit par diverses évocations culturelles s'y rapportant.

Depuis sa tendre enfance Joe vit entre une mère au foyer sévère et lointaine et un père médecin qu'elle adore par dessus tout. Ils découvrent ensemble les arbres lors de longs moments de balades dans la nature. La petite fille grandit au sein d'un couple déséquilibré dans lequel le père semble complètement indépendant de son épouse et sans aucun défaut, d'où provient certainement cette relation très privilégiée. Joe a une copine de classe très délurée avec laquelle elle n'hésite pas à se faire remarquer vis à vis des garçons du quartier. C'est ainsi qu'à quinze ans Joe va demander froidement à un copain de lui offrir son premier rapport sexuel. Puis avec sa copine elles vont faire un concours de séduction dans un train: celle qui arrivera à avoir le plus de rapports durant le voyage gagnera un paquet de chocolats. Lors de ses actes Joe reste insensible, elle ne s'aime pas. Ce besoin de sexe s'accentue au fil du temps et la jeune fille reste insatisfaite, elle ne s'analyse pas, elle va droit devant elle sans jamais se retourner sur son passé. Elle trouve un travail dans une imprimerie dont Jérôme remplace le patron temporairement. Là c'est Jérôme qui entame les préliminaires mais Joe se refuse à lui et le garçon quittera l'entreprise soudainement. Joe avait une lettre à lui remettre, avait-elle enfin ressenti un sentiment d'amour? Ainsi continue sa vie sexuelle débridée, devenue familière, une véritable drogue en "consommant" des hommes de tous âges mariés ou non provoquant même un drame familial. Mais Joe reste insensible, impénétrable à cette situation et, malgré une certaine réprobation, ne semble pas nourrir de remords face à une femme digne, éperdue avec ses trois enfants inconscients de cette tragédie. Malgré cela ses rapports sont de plus en plus rapprochés, toujours aussi "machinaux". Elle reste mal dans sa peau et ressent un profond mal-être. Un événement douloureux va alors se produire, son père est hospitalisé dans un état désespéré et le traitement lui provoque un delirium tremens. Sa fille passe beaucoup de temps à lui tenir la main et à lui demander s'il n'a pas peur de la mort. Ce dialogue entre un homme qui perd la vie et sa fille qui perd le seul être qu'elle aime est d'une force incroyable. C'est justement à l'instant de son décès après une nouvelle crise terrible que Joe connaîtra un véritable orgasme et à cet instant seulement. Jérôme revient alors et retrouve Joe mais reste à savoir si celle-ci prendra enfin goût à l'amour et parviendra à trouver une stabilité dans sa vie tourmentée.

C'est une bien belle œuvre présentant les cinq premiers chapitres de cette douloureuse histoire que nous offre Lars von Trier avec cette première partie. Ne vous étonnez pas de trouver dès le début un écran aussi noir que l'intrigue. De cet écran on peut entendre monter petit à petit les bruits de la ville. Nous nous trouvons devant un film très psychologique et qui doit être considéré comme tel. Il n'est pas d'érotisme sans véritable consentement entre les acteurs de l'acte. Ici le réalisateur nous montre de la manière la plus réaliste qui soit certains aspects de la souffrance. Souffrance bien sûr de Joe "accro du sexe" mais n'éprouvant aucun plaisir à un acte qui s'effectue à un rythme effréné et qui n'a pas plus de valeur que d'allumer une cigarette. Douleur de cette femme bafouée par son mari restant digne malgré son grand désespoir, et faisant visiter la maison où va vivre papa à ses trois jeunes enfants. Nouvelles scènes de souffrance lors des derniers instant de ce père adoré à l'hôpital victime de terribles crises. Les scènes sexuelles ne sont là que pour nous donner une preuve de cette addiction dont souffre atrocement Joe. Tout est montré crûment et sans détours comme Lars von Trier aime le faire afin de donner plus de force à ses sujets. On souffre dans cet univers angoissant où l'héroïne est prise dans un piège, n'ayant plus qu'un vieil homme pour confident, confident qui la soulage peut-être un peu du poids qu'elle porte dans sa tête et dans son cœur. J'ai donc été très touché par cette œuvre originale à souhait car une telle situation n'est pas aisée à traiter au cinéma d'autant qu'une nouvelle fois le réalisateur met ses actrices et ses acteurs durement à l'épreuve. C'est pourquoi je ne peux qu'avoir de l'admiration pour le talent de Sacy Martin qui interprète le rôle principal peut-on dire dans ce premier volet: Joe, jeune fille insatisfaite par les hommes et par la vie. Cette comédienne est très émouvante et pleine de sensibilité au même titre que Charlotte Gainsbourg une Joe choquée et tuméfiée que nous reverrons dans le second volet. Christian Slater, le père de Joe est absolument bouleversant, passant de la sérénité au supplice d'une maladie galopante et dégradante jusque dans sa plus profonde intimité. Stellan Skarsgard tient le rôle du vieux confident écoutant et analysant le malheur de sa protégée. C'est lui qui rythme les cinq premiers chapitres de cette vie tumultueuse et d'égarement de Joe. Impossible de ne pas citer Uma Thurman, cette femme fière mais détruite par le départ de son mari, attiré comme une abeille vers sa ruche par Joe (la scène est terrible). Et puis il y a Shia LaBeouf excellent dans le rôle de Jérôme dont on se demande s'il ne sera pas l'homme providentiel pour Joe (je ne vous le dirai pas). Une dernière remarque pour l'excellent choix de la musique très surprenante et variée au niveau du style et qui colle à merveille avec l'ambiance du film.

Je vous laisse donc avec cette première partie avant de vous retrouver avec le second volet pour les trois derniers chapitres. Je vous donne le nom des cinq chapitres que vous découvrirez ici et dont vous aurez l'occasion de faire le rapprochement avec les différents événements:

- Chapitre 1 : Le parfait pêcheur à la ligne
- Chapitre 2 : Jérôme
- Chapitre 3 : Mrs H.
- Chapitre 4 : Delirium
- Chapitre 5 : La petite école d'orgue

Extrait de la Bande Originale du film :
http://www.youtube.com/watch?v=3U586cyds3s

- Prochainement paraîtra la critique du VOLUME 2 -

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