Se faire peur et se convertir en 2h

Avis sur Oblivion

Avatar SebastienBrassart
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Difficile de contredire certaines critiques et les arguments qui les étayent car je suis globalement d’accord pour l’essentiel. Alors pourquoi Oblivion est pour moi un chef d’œuvre ? Ce n’est que mon opinion, en tout cas ce film me parle.
Le film commence par un monologue de Cruise qui sert d’explication du contexte sf : plusieurs décennies auparavant, une race alien a perdu la guerre qu’elle nous a déclaré. Ils ont détruit la lune et mené une guerre d’invasion. L’humanité a dû sacrifier l’écologie et à terme l’existence de la vie sur Terre pour y arriver. Une gigantesque station en orbite a été construite (le tétraèdre) sert de « concierge » pour un couple demeuré au sol pour assurer la maintenance des équipements. La femme est agent de liaison avec Sally, son interlocutrice installée en orbite, et relaie les directives à son compagnon qui est l’homme de maintenance. Ils vivent dans une villa high tech perchée en équilibre sur les hauteurs. On apprend que des aliens restés au sol vandalisent les équipements humains chargés d’extraire les ultimes ressources terrestres à destination du reste des humains qui ont migré vers Titan satellite de Saturne. Le film démarre à peine et on a un condensé de cinquante années d’histoire humaine à intégrer tandis que le film avance au pas de course. Au cinéma je m’étais senti un peu largué dès l’intro avec l’angoisse de rater des éléments importants pour les deux heures suivantes (ça sentait la resucée d’un film type World Invasion : Los Angeles dans un contexte futuriste. Et autant dire que j’avais été peiné par ce dernier). Mais revenons à Oblivion… en parallèle on nous peint le contexte lié au couple qui ressemble à une version idéalisée/ stéréotypée (ils sont comme on imaginerait Barbie et Ken. Elle est (TROP) raisonnable mais efficace en coulisse pour le guider et lui est un homme d’action plein de ressources MAIS qui se pose des questions). Tout cela sent le film convenu dont on devine l’absence de surprises. Tout cela est ponctué néanmoins en parallèle de flashbacks couleur sépia ou l’on devine que notre héros a un rendez-vous avec une belle brune au sommet de l'Empire State Building. Le problème est que ce ne peut être un souvenir puisqu’il ne la connaît pas et que le building a été détruit depuis longtemps… Ce démarrage trop rapide et cette présentation expéditive est en fait très rapidement un atout parce que le réalisateur qui adapte sa propre œuvre passe l’essentiel du film à se consacrer à ses personnages, à leurs interactions et à la reconstitution de ce qui les a mené là. D’ailleurs ce ne sont pas moins les révélations (classiques pour les amateurs mais que j’ai beaucoup aimé néanmoins. Ne dit-on pas que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire ?) que la construction du film qui m’a plu. L’habillage est particulièrement soigné : les acteurs sont peu nombreux mais excellents. Tom Cruise m’a paru fort convaincant et crédible, et que dire de Andrea Riseborough, sa compagne à l’écran, qui est extraordinaire et émouvante dans l’évolution de son personnage. Une révélation. Morgan Freeman est bon mais qui en douterait ? Reste Olga Kurylenko qui joue parfaitement l’antithèse de Riseborough et qui le fait très bien. Elle confirme là tout son talent et ne déçoit pas. Oblivion a été également très travaillé visuellement et on s’en rend compte tout du long. Cela commence dès l’apparition du logo Universal. Le loft perché est aussi design et fonctionnel que beau. La conception des véhicules est du même acabit. Rien n’a l’air purement décoratif. Tout cela reste cohérent avec le fond de l’histoire. Ce qui m’a personnellement aidé à entrer dans le film c’est la beauté des paysages bien entendu. Des étendues à perte de vue de déserts humides, arides, secs mais grisâtres… où l’on devine des vestiges de New York : ici la flamme de la Statue de la Liberté, là un célèbre pont ET le sommet de l'Empire State Building. Pour un peu on se croirait sur la Planète des singes. Ici, on est dans de la sf où se côtoient la haute technologie futuriste et le monde post humanité dans sa version retour à la nature. Dernier point très important pour moi : la musique. En sortant du ciné je n’avais qu’une envie, me procurer la fabuleuse BO. Bien sûr elle plaira surtout à ceux qui ont adoré le style des Batman de Nolan (Zimmer & Newton Howard) car elle s’en inspire beaucoup. Mais bon tant qu’à copier autant le faire avec un chef d’œuvre, non ? M83 signe là un fabuleux bijou qui contrairement à ce que j’ai pu lire s’écoute parfaitement sans les images. Le thème principal est celui de la chanson du générique de fin (sublime) et se voit décliné avec talent tout du long du film. En écrivant ce commentaire je réécoute l’album et c’est vrai que ça rappelle souvent les Batman mais bon quand on a aimé les compos de l’époque... Ecoutez « Fearful odds » pour vous en convaincre… une merveille si on aime le style Zimmer comme moi.
En surface, Oblivion de Kosinski est une fable écologiste dans un cadre sf soigné. Mais ce film respire surtout la volonté du réalisateur de nous donner dans un magnifique écrin des personnages qui suscitent en nous des émotions à mesure qu’ils tirent le fil d’une pelote de laine en forme de tétraèdre. Les personnages sont le début et la fin de tout le film. En cela je salue la cohérence générale de la trame qui n’est pas exempte de clichés je le reconnais. Finalement, on comprend mieux à la fin la pertinence de cette introduction expéditive.

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