Le Detroit de l'illusion.

Avis sur Of Men and Mice

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Detroit est une ville qui a tout connu. Detroit, c'est d'abord la prospérité économique avec les "Big Three" (Ford, Chrysler et General Motors) qui ont révolutionné le travail à la chaine. D'où le surnom donné à la ville : la "Motor Town". Cet essor économique a appelé un boum démographique, Detroit voyant sa population multipliée par 5 de 1900 à 1930 pour atteindre un pic en 1950 à 1.8 million d’habitants, devenant ainsi la quatrième ville des États-Unis.
Detroit, c'est aussi la culture, symbolisée par la Motown qui y a vu le jour et qui nous as donné d'immenses artistes tels que Marvin Gaye, Michael Jackson ou encore Diana Ross & The Supremes.

Une seule petite ombre au tableau : des tensions raciales présentes dès l'avant-guerre, avec l'installation progressive des afro-américains dès les années 1920. Mais pas de quoi s’inquiéter, cela ne sera que passager.

Un demi-siècle plus tard, Detroit est un champ de ruines. Coup de poignard final, Detroit est devenue la plus grande ville américaine à se déclarer officiellement en faillite le 18 juillet 2013. Étranglée par une dette d’au moins 18 milliards de dollars, la municipalité est désormais placée sous tutelle judiciaire.

Je ne m’épiloguerai pas sur les causes d'un tel déclin, dont la plus évidente serait les émeutes de 1967 (les plus violentes de l'histoire des États-Unis), mais on pourrait aussi parler de la chute progressive du Big Three et du secteur automobile dans son ensemble après la Deuxième Guerre Mondiale (et même dès la crise de 1929) due à l'émergence de la concurrence mondiale et notamment asiatique féroce.
A l'arrivée, le constat est amer. Detroit est une ville a l'abandon, que l'on fuit : la population est descendue pour la première fois en dessous du million d'habitants en 2000.

C'est à partir de ce constat que prend place Of Men and Mice. Vous êtes toujours là ?

Neil et Nicholas, deux anciens salariés d’une usine automobile, décident de braquer la Motorcity Bank. En proie à des difficultés financières, les deux hommes ne s’en sortent plus. Nicholas ne peut plus subvenir à la vie de sa famille et Neil lui, dort dans sa voiture depuis quelques temps déjà. D’ailleurs, la voiture dans laquelle il vit est symbolique : il ne s’agit ni d’une Ford, ni d’une Chevrolet, encore moins d’une Cadillac ou d'une Chrysler. Non, la voiture présente ici est une Toyota Prius. C’est peut-être un détail, ou une extrapolation de ma part mais j’y vois là le symbole de l’échec des Big Three, qui n’ont pas su s’adapter à la concurrence mondiale. La Prius est la première voiture hybride qui est devenu populaire, et qui connu un franc succès avec plus d’un million de ventes. Le premier américain à avoir réagit fut Ford, en 2004, plus de 7 ans après la Prius.
En 2015, même le Big Three a fui Detroit (même si l’on assiste actuellement à une relocalisation de l’industrie automobile).

Pour en revenir à nos deux protagonistes, on peut dire que le braquage est à première vue un échec complet. La police est prête à les cueillir d’une seconde à l’autre. Sauf que rien ne va se passer comme prévu : plutôt que de les obliger à se rendre, elle leur ordonne de rester à l’intérieur, et surtout de ne laisser personne sortir.

Peu à peu, on découvre qu’une étrange épidémie ravage la ville et fige –au sens propre- chacun des personnages, tour à tour. La dénonciation est là plus marquée : peu à peu, à mesure que Detroit s’enfonce dans une spirale négative, il devient de plus en plus difficile de s’en sortir. A tel point que la situation économique immobilise complètement les habitants de la Motor Town, les privant de tout échappatoire et les poussant même à commettre l’irréparable.

Of Men and Mice dépeint une Amérique perdue, isolée et nostalgique en utilisant la ville de Detroit, autrefois si prospère et maintenant à l’abandon. Ce court-métrage reprend Steinbeck et son œuvre de référence Of Mice and Men pour conter l’histoire de deux hommes qui, rêvant d’une vie meilleure, vont commettre une action stupide pour laquelle ils ne sont pas prêts, et qui savent au fond d’entre eux que tout est perdu d’avance.
Un film que j’encourage vraiment à découvrir.

Oeil d’or au Paris International Fantastic Film Festival 2015

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