Une main tendue

Avis sur Okja

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C'est classe. Déjà, au départ, j'étais incapable de me concentrer sur ce qui se passait à l'écran. Je disais que des trucs du genre « Ouah, c'est trop bien fait ! », comme les enfants. J'aime bien les films où c'est trop bien fait. Où on se demande comment c'est possible de produire de telles images. Il y a presque quelque chose de divin dans les plans et dans la 3D. C'est dur d'imaginer, parfois, que c'est le résultat d'un travail humain. De manière générale, je crois que les images de synthèse m'impressionnent beaucoup. Plus que le clonage d'ailleurs. Du coup, au début d'un film pareil, j'ai tendance à m'évader en essayant d'imaginer les types qui font ça devant leur ordinateur, plutôt que de m'extasier devant ce qui se passe à l'écran.

Au bout d'un moment je me reconcentre un peu quand même. Pour réaliser que la bête de ce film, c'est pas juste une texture réaliste et des beaux mouvements. Elle parle pas trop c'est vrai, elle pète plutôt, mais elle est pleine de ressources. Les ricochets au caca, les câlins, les cascades pataudes... les prouts, toujours. Et Maja l'accompagne partout. L'amour est là. Ça se sent.

C'est le réalisateur de The Host et de Memories of murder qui nous parle, quand même. Il est habitué à nous donner de l'espace, que ce soit dans les yeux ou dans la tête. Les paysages sont larges, et les êtres vivants ont tout le loisir de les explorer. Les personnages font la sieste. Les personnages courent. Dans la forêt, dans les supermarchés. Seuls, ensemble, ou les uns après les autres. Les paysages sont partout chez ce réalisateur, même dans les abattoirs.

Mais qui dit paysages, dit contemplation. Et c'est là que ça foire. La contemplation des yeux est là, pour ça y'a pas de soucis. La tête, par contre, on la laisse pas interpréter. Elle est complètement prise en otage. Ça commence par une scène, c'est entretenu par la musique, et c'est confirmé par les dialogues.

La scène : la glissade dans le ravin en rentrant de la maison. Le cas typique de la scène forcée qui aurait jamais dû arriver et qui était nécessaire au cas où le spectateur n'aurait pas encore compris que Maja et Okja sont amis. Bon là c'est cool, ça n'arrive qu'une fois dans le film. Dans Walking dead, c'est tout temps.

La musique : la trompette. Trop souvent. Pour que l'on n'oublie pas de s'amuser quand la bête se fait pourchasser et qu'elle casse tout. On n'a pas le droit de trouver ça tragique. C'est encore trop tôt.

Les dialogues : alors là on nous prend clairement par la main. Maja, c'est surtout le tympan du spectateur. Les gens lui parlent même quand elle comprend pas la langue. Il y a des moments où t'a envie de crier : « Mails Paul, à qui tu parles là ? Elle parle pas anglais ! ». Il nous parle à nous, bien entendu. Il nous fait le synopsis. Il nous spoil même un peu.

Mais bon, tout ça, ça suffit pas à gâcher. En faite peut-être même que ça en fait sa force, qu'il faut le voir comme un conte. Et puis, à côté de ça, les personnages sont supers. Les terroristes non-violents surtout (Je précise que je ne subis aucune pression pour dire cela. Je n'ai aucune affiliation pénalement répréhensible. Je paie même mon compte Netflix. Et je vais voir les contrôleurs quand je n'ai pas de ticket). Celui qui mange pas est bien absurde comme il faut. Le message est fort aussi, et il passe très bien je pense. A la fin j'étais bien dégoûté de la viande. Pour quelques heures en tout cas. Mais, tant qu'à faire, j'aurais aimé qu'on ne me lâche pas la main au dernier moment. Parce que maintenant je ne sais pas si je dois arrêter le bœuf ou le cochon. C'est la grosse ambiguïté du film. C'est ce que j'aime dans les films, l'ambiguïté. Pourtant, ironiquement, celle-ci m'a laissé sur ma faim.

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