Maturité et aboutissement

Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

Avatar tarteman
Critique publiée par le

Quand Tarantino ne veut parler que de cinéma, il est toujours percutant. Car oui, le message de Once Upon a Time... In Hollywood est plus un avertissement pour le présent qu'une déclaration d'amour au passé. Alors bien sûr que Tarantino nous fait savoir de par un étalage absolument satisfaisant de séquences où le grain d'une pellicule, le son d'un projecteur où l'ombre d'une salle de cinéma, que la technique se perd. Mais ce n'est pas tout, car ce cher Quentin est surtout en quête totale de réel, à tel point qu'en se laissant un minimum embarquer, nous sommes constamment fascinés par la force d'une pellicule et de cascades face à un numérique putassier et parfois fainéant. Tout le message est là : Un acteur sur le déclin et un cascadeur absolument sublime comme véhicules dans un Hollywood qui ne se reconnaît plus. Tarantino nous invite à explorer des scènes de vies survendues par les publicitaires et autres commerciaux comme un idéal à suivre, pour en extraire la moelle quotidienne, celle qui donne à ces moments d'un showbiz désabusé un côté pittoresque absolument passionnant.
Le film ne fait plus que citer ses aînés, il atteint une maturité qui lui permet de se construire sur les codes d'un cinéma adulé. De cette manière, on navigue entre les bobines et les stupéfiants en saluant les clins d'oeil fait à Bruce Lee et autres James Dean. Et cela dresse le portrait d'une époque qui permet en parallèle l'émergence d'un mal insoupçonné. C'est bien sûr l'arrivée à maturité de la malsaine Manson Family, vendue ainsi telle un monstre tapis dans l'ombre, et dont le ronronnement n'aurait rien de plus inquiétant qu'une bande de hippies en guerre avec la guerre.
Documenté serait donc le terme qui collerait à cette lecture peu idéaliste de l'Histoire pour un metteur en scène toujours attaché à étirer des séquences en apparence anodines jusqu'au jouissif d'un Brad Pitt en quasi super-héros démystifié, ridiculisant les détestables pions de la secte de Charles Manson.
Et puisqu'il faut en parler, Brad Pitt et DiCaprio sont tels les héros des plus beaux buddy movies, des opposés en fait pas si éloignés, et terriblement touchants. Une nouvelle fois, Brad démontre, comme s'il fallait encore une preuve de cela, qu'il est littéralement capable de tout faire, et même de laisser paraître une humanité bouleversante dans le cuir d'un vétéran dur comme du fer et moqué par le décalage d'une scène. Un véritable exploit de prestance confirmant le charisme infini de ce playboy intemporel.
Mais Tarantino ne s'arrête pas à explorer les qualités déjà bien connues de ses deux vedettes, il se sert de leur statut gravé dans la pierre pour faire passer sans détour sa vision de deux vieux de la vieille, en constante recherche d'un art surrané, au même titre que ce cinéma "réel" que le bonhomme défend justement comme du cinéma puissant, virtuose, pur et à la capacité d'émerveillement sans limite du fait de la tangibilité de sa construction.
Je pourrais conclure en vantant les éternels poncifs du cinéma de Tarantino, mais il s'avère que si le cinéaste se cite lui-même, nous ressort son talent de DJ et de dialoguiste, il trouve avec ce chapitre une simplicité inattendue et une structure narrative qui ne lui ressemble pas. Il comprend son cinéma comme il comprend celui de 1969, et s'en sert de la même manière : en le démystifiant pour mieux en aborder les contrastes, et jouer avec, comme un enfant, avec une caméra instinctive, en 35mm bien entendu.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 111 fois
2 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de tarteman Once Upon a Time... in Hollywood