Boulevard du Crépuscule

Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

Avatar Ludokhan
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1969 est une année charnière dans l'histoire du XX° siècle. Les Américains gagnent la course à l'espace en posant le pied sur la Lune, alors que son armée s'embourbe dans le conflit vietnamien. La contre-culture hippie conquiert la jeunesse par sa musique, son look, son mode de vie libre. C'est l'année de Woodstock et du Summer of Love. Et au cinéma aussi, le changement se fait jour. C'est l'année de Macadam Coboy et de Easy Rider, de la Horde Sauvage et de Butch Cassidy et le Kid. C'est l'émergence d'un nouveau cinéma, de nouveaux codes. Et en conséquence, 1969 est voit aussi le crépuscule d'une certaine forme de cinéma, moins en écho avec son époque.
Rick Dalton est acteur. Il a connu son heure de gloire dans la télé des années 50 en étant la vedette d'une série de western. Mais quinze ans plus tard, il comprend qu'il n'est plus dans le coup. Il se résigne à jouer des seconds rôles de méchant, dans l'ombre des jeunes premiers qui pulullent à Hollywood. Il n'a qu'un seul ami, sa doublure cascade, Cliff Booth, lui aussi sur la pente descendante. Ensemble, ils vont devoir faire face au crépuscule de leur carrière, parallèle à celui du Hollywood des studios.

Au-delà de l'histoire, Tarantino filme ici une ville, une atmosphère, un cinéma aujourd'hui révolu, mais dans lequel il a baigné et qui a forgé sa culture cinématographique. Comme d'habitude, son film est truffé de références, mais son discours est encore plus méta que dans ses autres métrages. Le découpage des séquences, le montage, tout en travelling et en longues séquences avec peu de coupes, est un hommage aux films de cette époque, tournés en pellicule et donc moins sujets au montage clipesques du cinéma moderne. Seul le climax final ne répond pas à cette logique, mais j'y ai vu là une sorte de passage de témoin entre l'"ancien" et le "moderne".
La lumière, les plans, l'ambiance... tout indique aussi que Tarantino a signé là son troisième western, contemporain, urbain. Des scènes pleines de tension ne sont pas sans rappeler les scènes de duel des films de John Ford ou d'Ennio Morricone. Et ce sont dans ces scènes que les deux acteurs principaux expriment leur plein potentiel.
Brad Pitt joue là son meilleur rôle. Il est parfait dans la peau de ce cascadeur sur le retour, qui voit ses perspectives de carrière se réduire comme peau de chagrin du fait de son passé pour le moins compliqué. Et Léonardo Di Caprio est comme à son habitude, jouant à la perfection son rôle d'acteur has-been, dont la carrière touche à sa fin, mais qui n'arrive pas à se résoudre à
raccrocher. Et au-delà de leurs performances individuelles, ils s'accordent parfaitement pour nous livrer une performance en duo remarquable.

Quentin Tarantino signe là son film le plus nostalgique, le plus mélancolique, le plus atmosphérique. Ce n'est sans doute pas sa meilleure porte d'entrée pour découvrir son oeuvre, mais c'est là son film le plus intime et le plus autobiographique. Un incontournable pour tous les amoureux du cinéma et de son histoire.

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